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Commentaire de: Marie Louise [Membre]

« A quoi ça sert, madame ? » C’est une phrase que j’entendais souvent quand j’étais enseignante. A quoi ça sert d’apprendre un poème, à quoi ça sert cette leçon d’histoire, à quoi ça sert le chant, le dessin, les équations, la géologie, l’orthographe ?
La question se posait donc déjà en termes d’utilité, de quelque chose qui serait monnayable dans la vie professionnelle ou dans la vie tout court. Difficile de leur faire comprendre à mes élèves qu’avec le savoir on ne tient pas de comptes. Qu’une fable de La Fontaine, ça ne rapporte rien, que c’est justement cela qui est bien et beau, que les vers et leur musique les accompagneront leur vie entière, rejoints par d’autres, par des cohortes de phrases, de mots qui seront une passerelle entre eux et le monde, entre eux-mêmes et les autres hommes.
Alors maintenant, on va faire des comptes. Nous sommes à l’époque des bonus, comme le dit Monsieur Françaix.
Et Monsieur Martin Hirsch, qui lui répond, se rend bien compte, je veux le croire, de ce qu’a de révoltant l’idée de payer un enfant pour qu’il reste assis en classe ; mais pour noyer le poisson, il parle de « soutenir des projets innovants… de financer un projet collectif de la classe. » Tiens, quelle bonne idée ! Que font-ils d’autre les enseignants, parfois avec le soutien financier des municipalités ou des conseils généraux, quand ils emmènent leur classe visiter Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg ? Quand ils animent bénévolement des clubs de théâtre, d’informatique ou de musique ? Quand ils montent une comédie musicale, quand ils conduisent leurs élèves « sur le terrain » justement pour regarder le cratère d’un volcan d’Auvergne ou les champs de bataille autour de Verdun ?
« Nous ne nous arrêtons pas aux bouquins », dit Martin Hirsch. Pauvre livre ! Devenu bouquin dans la bouche d’un responsable politique, sa disgrâce est totale ! La Princesse de Clèves a failli subir le même sort il y a quelques mois. Heureusement, quelques-uns montaient la garde autour d’elle.

Je ne résiste pas au plaisir de vous citer ce poème de Bertolt Brecht écrit en 1940 :

Mon jeune fils m’a dit : Dois-je apprendre les mathématiques ?
J’ai pensé répondre : A quoi bon ! Deux morceaux de pain
Sont plus qu’un seul, tu t’en apercevras sans étude.
Mon jeune fils m’a dit : Dois-je apprendre le français ?
J’ai pensé répondre : A quoi bon ! Ce pays, la France,
Est près de succomber. Tu n’as qu’à frotter ton ventre
Avec ta main et puis gémir, on te comprendra.
Mon jeune fils m’a dit : L’histoire, dois-je l’apprendre ?
J’ai pensé répondre : A quoi bon ! Apprends à rentrer
Ta tête sous terre et peut-être survivras-tu.
Oui, apprends les mathématiques, ai-je
Dit, apprends le français, apprends l’histoire
!


Commentaire de: yann [Visiteur]

Dans quelques temps nous en serons comme aux USA à voir des sociétés privées sponsoriser les cours ou les équipements. Les élèves seront “payés” pour assister avant tout au spot publicitaire de la société projeté avant chaque cours.
Dérives insidieuses qui nous embarquent doucement vers un échec de civilisation.

11.10.09 @ 09:41 Répondre à ce commentaire


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