Commentaire de: BONA Jacques [Visiteur]
Enchanté !... mais où est La Flûte ?

A l’instar des fameuses pyramides d’Egypte avec lesquelles elle n’est pas sans relation, La Flûte enchantée de Mozart (et quelques autres œuvres du même) pourrait être classée « trésor de l’humanité » tant son contenu sensible est riche. Nous admirons dans cet opéra à la fois un sommet musical, un chemin exemplaire d’initiation et une structure théâtrale qui le rend populaire, accessible à chacun, en particulier aux enfants. Bref, une œuvre de génie incomparable, pas du tout élitiste.

Grâce à (ou à cause de) ces qualités, il est très dangereux d’y toucher : c’est un peu comme si l’on voulait refaire le sourire de La Joconde. Et pourtant un opéra, fût-il un chef d’œuvre, est fait pour être joué. Et Dieu sait qu’il y en a eu des représentations, de toutes natures et de toutes vertus! Mais, attention ! On trouvera toujours quelque chose à redire, car chacun possède en soi Sa « Flûte enchantée ».

Aussi me suis-je dirigé ce soir là vers le Centre Culturel en remuant ces communes réflexions et dans de bonnes dispositions de spectateur, car j’avais beaucoup apprécié en Mai 2004 La Princesse d’Elide par la même troupe Comédiens et Cie. D’un autre côté la précaution du titre « d’après l’opéra de Mozart » me rendait curieux du résultat.

Le rideau à peine ouvert, je me suis rendu compte que la réalisation musicale avait un goût de « murdering the classics » pour citer Spike Jones. Mais pourquoi pas : nous écoutons donc une ouverture écrite à l’origine pour un orchestre d’une bonne trentaine de membres interprétée (arrangée et raccourcie) par cinq musiciens, dont un accordéoniste. Surprise ! La musique de Mozart résiste à toutes les lessives : on entend quelque chose qui a une couleur intéressante. Par la suite viendront s’inclure habilement des arrangements jazzy et de la percussion au fur et à mesure des besoins de la mise en scène.

Maintenant, pour abréger, je vais dire que je ne renie pas le plaisir que m’a procuré le traitement de l’action par la commedia dell’ arte ainsi que l’humour et la vivacité de la brillante réalisation (en particulier les combats de la fin, entre Lumière et Ténèbres), mais la magie poétique de la partition de Mozart était loin d’être au rendez-vous, surtout dans les passages chantés (l’essentiel!) si difficiles, même pour des professionnels du chant : là, c’était carrément la cata… ! Airs, choeurs écourtés, massacrés avec panache, si l’on peut dire...

Peut-on dire que, tout de même, l’esprit de La Flûte y était : oui ! un peu, grâce à l’aspect « farce » et à l’histoire... à condition que l’on admette d’avoir vu une sorte de « digest » comique et talentueux , mais surtout de se promettre de voir une (bonne) représentation de la « vraie » partition de Mozart. Par exemple en allant à l’opéra ou en visionnant le film d’Ingmar Bergman qui lui est consacré.
24.05.09 @ 19:49

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