Commentaire de: Yves Dulmet [Visiteur]
Rousseau, le langage, les sciences, les arts … Il parait que c’était le sujet de la pièce de ce soir.
Pièce pour érudit capable à demi-mot, que dis-je centième de mot de se repérer dans Rousseau, d’en rire ou sourire. L’auteur metteur en scène était juste derrière moi et me faisait doucement m’enfoncer dans mon fauteuil à chaque rire ou sourire de sa part qui me posait question. J’ai choisi de me laisser porter par la musicalité et de saisir au vol quelques bribes.
On se dit : étonnant, surprenant, perplexe, stupéfait, impressionnant, énigmatique, accouchement douloureux pour gravir le chemin jusqu’à la phrase, (aussi douloureux pour les cordes vocales des acteurs).
Basse cour ou zoo ou cour d’école, c’est bien là que prend forme le langage ? Toc, je me rattrape dans l’histoire. Un peu léger, mais je m’en contente, la voix est si belle. Adam et Eve chassés du paradis, l’humanité prend naissance. Je n’ai peut être pas tout perdu ! On continue !
Déclamant, hoquetant, éructant, cristalline … cristalline, se laisser envouter par la voix cristalline, féminine, l’une solitaire dans la lumière, l’autre chante, comme on écoute une musique et parfois quelques mots. Mélodie chaotique à plusieurs registres. Symphonie mais pas opéra, quoique souvent à l’opéra, on ne comprend pas le texte ! C’est cela ! Cette voix qui envoute …
Un travail de voix extraordinaire. Une pièce qui interpelle, questionne ; on commente, on échange… Et si c’était l’objectif ? Pas de langage, pas d’échange, pas de société ! L’auteur a gagné son pari : deux jours après, on en parle encore dans le petit monde du festival de Coye et avec quel outil ? Quelques mots !
27.05.12 @ 15:06
Commentaire de: Marie-Louise [Membre] Email
Le public du Festival est vraiment privilégié, le seul à ce jour à avoir vu le spectacle.
Celui-ci est pourtant estampillé « Rousseau 2012 » par le Conseil Général. Mais ni les programmateurs du Festival, ni Jean-Paul Douet, vice-président du Conseil en charge des affaires culturelles, ni les membres de la commission chargée de labelliser les manifestations du tricentenaire, personne n’avait vu ce spectacle. Pour la bonne raison qu’il n’était visible nulle part et que le Festival servirait de cadre à la première représentation.
A Coye-la-forêt on est audacieux, on favorise la création, on donne leur chance à des auteurs contemporains, et c’est bien. « Nous assumons la prise de risque, a reconnu Jean-Claude Grimal à l’issue de la clôture du festival. » Le risque, cette fois-ci, pouvait sembler minime grâce au label du Conseil Général qui doit savoir ce qu’il fait quand il subventionne une manifestation. Soucieux de distribuer les subventions à bon escient, il n’est pas censé cautionner n’importe quel spectacle qui présente sa candidature pour célébrer Rousseau. Le Festival a donc fait confiance et coproduit....
Cela nous a permis d’assister à une loufoquerie authentique.

Par passion pour le théâtre, je vais voir tous les spectacles du Festival. J’aime bien me dire en arrivant au Centre culturel : « Tiens, qu’est-ce qu’il y a ce soir ? » Je n’avais pu assister à la présentation des spectacles le 28 avril, je n’avais pas davantage lu le programme, et si j’emporte dans mon sac la fiche distribuée à l’entrée, ce n’est que pour la lire après spectacle, la lire avec en tête les images, les visages d’acteurs… bref, tout ce que j’ai découvert de mon fauteuil.
Mea culpa !! Ce soir-là, si j’avais lu, j’aurais un peu mieux compris. Cela m’a été signalé ensuite, lors du débat : il fallait lire avant, madame, pour comprendre. Ah bon !
J’ai pourtant reconnu Jean-Jacques Rousseau grâce à la perruque et au costume, mais je n’ai rien compris ni à ce qu’il disait – et ce n’est pas la voix de l’acteur qui est en cause, mais son texte – ni à ce que le spectacle disait.
Pour ceux qui n’auraient rien vu – et vous avez manqué, car on en parlera longtemps : pour illustrer l’essai de Rousseau sur l’origine des langues, l’auteur a imaginé que Jean-Jacques soumet ses enfants à une expérience pour trouver l’origine des langues. L’argument est intéressant sur le papier. Nous en saurions un peu plus sur les idées que développe Rousseau dans son essai, que nous sommes sans doute peu nombreux à avoir lu.

Mais pendant une heure vingt, le malheureux Rousseau – l’année 2012 a dû être terrible pour lui – a été égaré, étouffé, noyé, englouti dans une cacophonie de sons et de mots sans suite. Vainement je cherchais la cohérence, la progression dramatique. Le pauvre homme était présenté comme un être grimaçant, colérique, hurlant. A ses côtés, les acteurs – reconnaissons leur mérite et leur travail, le force de leur voix, l’ardeur de leur interprétation – debout devant nous, ont fait entendre tout à tour une série de borborygmes, d’onomatopées, de mots, de bouts de phrase, de cris d’animaux, dans lesquels se glissaient de temps à autre des phrases de notre philosophe et quelques autres sans lien avec le propos, du style : « Dernières minutes pour embarquement à bord du vol AF 310, last checking for… »

Un quart d’heure de cette expérience aurait pu nous amuser. Tenir une heure vingt sans manifester fut une épreuve. Ma mère m’a bien élevée, sinon j’aurais joint mon bêlement à ceux de la scène – il y avait aussi une chèvre qui bêlait.
Un travail sur les sons, sur la musique des mots, des phonèmes, pourquoi pas ? Cela a été fait. Mais pourquoi Rousseau ? Qu’avait-il fait pour se trouver dans cette galère ? Mourir à Ermenonville ? Ce n’est pas une raison quand même !
27.05.12 @ 19:10
Commentaire de: Jacqueline Chevallier [Visiteur]
Ce n'est pas parce qu'on en parle que c'est intéressant, c'est même souvent l'inverse ; le "buzz", la plupart du temps, est un mauvais indicateur.

Si encore c'était une loufoquerie, comme dit Marie-Louise, on aurait pu en rire. Mais c'était d'un sérieux et d'une prétention de plomb. Il n'y avait rien à quoi se raccrocher, les propos étaient abscons, les costumes très laids, les lumières plates. On ne pouvait qu'admirer les efforts des comédiens pour faire vivre ce salmigondis indigeste. Quel gâchis !
On nous explique qu'il faudrait avoir lu la fiche distribuée à l'entrée avant le spectacle pour pouvoir le comprendre ! Et pourquoi pas avoir étudié tout un traité sur le sujet, pendant qu'on y est ? De même qu'on peut choisir de lire la préface après avoir lu le livre, je comprends et trouve légitime de lire la fiche, comme fait Marie-Louise, après avoir vu le spectacle. Quoi qu'il en soit, qu'on se rassure : la fiche distribuée ce soir-là était, elle aussi, indigeste et donnait plutôt envie de quitter les lieux que d'entrer dans la salle ! D'ailleurs la majorité des festivaliers l'ayant subodoré avaient pris cette option et avaient négligé de se déplacer pour "Opéra langue". Quant à le revoir, comme le suggère Catherine Jarrige, non merci, sans façon, même si on m'offre la place !

On peut affirmer, sans trop de prétention, que le public de Coye, habitué du théâtre et nourri depuis des années de spectacles de qualité, est un public avisé. On peut affirmer aussi que très majoritairement ce public est sorti de la salle dépité - pour le moins.
Une chose paraît certaine : les responsables du festival n'auraient jamais de leur plein gré et en toute connaissance de cause fait figurer ce spectacle dans leur programmation ; ils ne sont pas suicidaires ! J'ai eu l'impression que le public de Coye devait servir de cobaye.

Oui, l'art doit être libre, mais la confiance aveugle est-elle de mise lorsqu'il s'agit de fonds publics ? J'ai peine à croire que le conseil général ait pu allouer des subventions substantielles pour ce spectacle en ignorant complètement ce qu'il serait au bout du compte. Je ne comprends pas non plus qu'ayant perçu les subventions en question, les artistes créateurs ne se soient pas sentis redevables d'une production difficile peut-être, mais quand même accessible à un large public (sachant que le public du théâtre est déjà très restreint).

Je suis pour l'aide à la création. Je suis contre la facilité et la démagogie. Mais est-ce normal qu'on alloue des subventions importantes pour un spectacle (au détriment d'autres possibles) qui ne va contenter qu'une poignée d' intellectuels érudits et qui va dégoûter les neuf dixièmes des spectateurs ? Décidément, je suis perplexe. Il y a là un vrai problème qui mérite réflexion et discussion.

"Opéra langue", c'est l'opposé du théâtre qu'on aime, celui que prônait Jean Vilar, à la fois exigeant et généreux. Le théâtre populaire : il s'agit largement d'une utopie, mais du moins peut-on tendre vers cet idéal, et non pas lui tourner le dos avec la superbe et le mépris que nous autres, pauvres Béotiens qui ne comprenons rien, avons ressenti ce soir-là.
30.05.12 @ 16:05
Commentaire de: claire vigier [Visiteur] Email
oh, rien que de lire vos articles, je m'amuse! je reconnais que si j'avais été présente au spectacle, je n'aurais ss doute pas tenu le coup, et comme je suis particulièrement mal-élevée, j'aurais pris mes clics et mes clacs; mais quel régal de vous lire le commenter: l'article de Dulmet (le Dr Dulmet de ma jeunesse??)est croustillant, bien écrit, délicat pour ne pas froisser les organisateurs qui se sont qd meme donné le mal d'organiser, bref! un régal! et vos commentaires, mesdames, sont dignes d'un "Masque et la plume"
bravo donc, je ne regrette pas d'etre venu voir ce qu'il se passait au festival, 30 ans après...
bises à tous, à ma gde copine ML, à Alain, à Gabillet(s'il se souvient de moi), à Domenech, et ...au docteur, bien sur!
claire (de charentenay)
02.06.12 @ 06:00
Commentaire de: Sentimancho [Visiteur] · http://wheresthegame.net/
*****
Cette pièce est juste une très bonne surprise! J'ai adoré! Merci!
19.09.12 @ 09:09

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