de Rémi De Vos
Coproduction Theatrul Tony Bulandra et Compagnie Thespis (Roumanie)
Mise en scène de Radu Dinulescu.
Un alpenstock ça peut servir à tout
D'abord à assurer les grimpettes vers les pics enneigés. Puis à être brandi face à une femme récalcitrante. Là, on peut se servir du manche en bois. Son bout ferré entaille la glace ou fend une bûche. La longueur de l'outil a diminué au fil des siècles, si bien qu'il est devenu très pratique pour être glissé dans la ceinture le jour du défilé folklorique.
Rémi De Vos en a imaginé un nouvel usage. Fendre un crâne. Par exemple celui d'un étranger qui se serait introduit dans votre foyer pour donner à votre épouse l'occasion de connaître l'extase des ébats extraconjugaux. En ce cas, pas d'hésitation. Comme il est facile à manier, le coup porte et occit l'adversaire dans la seconde.
Évidemment, du nettoyage est nécessaire ensuite, les éclaboussures sont inévitables. Mais la main experte de la ménagère en vient à bout, surtout quand elle utilise du détergent cosmopolite.
Attention! Ce détergent n'est pas en vente partout. Sur certains marchés seulement, là où les produits ne sont pas régionaux. Donc pour s’en procurer la démarche n'est pas sans risque. La fréquentation de tels marchés développe en effet un certain goût pour l'exotisme et un désir insidieux de regarder, voire de s’aventurer hors de la frontière. A cause de ces fâcheux effets secondaires, vous pourriez oublier la beauté et la grandeur de votre région. Mieux vaudrait s'en tenir à vos marchés des Hauts de France, même si les détergents qui y sont vendus n'ont pas les mêmes pouvoirs.
Sans préambule, ni calcul,
On y apprend, ce n’est pas nul,
Que le ridicule tue !
On se moque de ces homoncules
Qui s’agitent en faisant des bulles
À tu et à toi, à cul et à chemise,
Ils disent des histoires de gros zizi-cul.
Le ridicule tue et re-tue!
Mais qu’elle est bonne, ma roumaine !
On la désire et on l’adule.
On voudrait massacrer
Cette petite bande de minuscules,
Des barbus paillards qui l’acculent
A une médiocrité mécanisée.
Petite humanité fade, tu accumules nos esclaffades
Pour te faire pardonner.
de Bertolt Brecht
Compagnie Le Vélo Volé
Mise en scène de François Ha Van.
Le rideau se lève sur une scène plutôt nue, deux panneaux dressés et un cube pour seuls décors. Les dos de neuf acteurs, ou plutôt de neuf paysans se disputant la possession de terres à l’issue de la seconde guerre mondiale, s’attaquent au texte de Bertolt Brecht sans pudeur et sans retenue. En réalité, ces premiers instants sont déterminants, et illustrent tout à fait les tensions qui traversent cette œuvre, tensions que le metteur en scène a visiblement fait siennes et qu’il s’amuse à dépasser avec brio.
Tout se passe comme si Brecht avait délibérément voulu rendre sa pièce injouable, comme s’il avait voulu garder les mots prisonniers du papier. L’histoire est longue, complexe, se déroule sur plusieurs années, dans des contrées diverses où le contexte sociopolitique demeure méconnu ; les personnages sont aussi nombreux que riches et profonds (plus d’une quarantaine au total), mais surtout le texte lui-même peut résister à une première lecture, tant l’écriture de Brecht est singulière. Mettre en scène Le Cercle de craie caucasien était donc un véritable défi auquel plusieurs metteurs en scène se sont déjà attaqués (utilisation de masques, coupes trop importantes du texte, simplification de l’intrigue), et que François Ha Van a relevé avec une grâce certaine.




