il fait un temps magnifique ce dimanche 7 juin et on sent comme un air de vacances : la brocante sonne l'approche de l'été. Lunettes de soleil pour tous et concours de chapeaux : la paille bien sûr, rigide comme celle du canotier, ou souple, en vagues autour du visage, la casquette, le foulard, le bob... Vacances car la gaieté est là. On vient à la brocante pour faire des affaires mais surtout pour les rencontres. On s'interpelle, les enfants rient, essaient les vélos, partent à la recherche des jouets.
Les vendeurs attendent, l'oeil attentif au chaland qui s'arrête et qu'il faudra décider. Parfois un peu las, ils quittent leur stand et vont bavarder avec les voisins. Il y a le vendeur organisé, celui qui a monté une table, disposé une belle nappe, installé fauteuil et parasol ; le dilettante imprudent qui laisse ses objets précieux sur une bâche. Il y a le solitaire qui s'ennuie, celui qui est venu en famille, le père, la mère, les enfants, les cousins... il y a même le vendeur associatif dévoué à la cause : La Sylve et Note tiennent aussi un stand.
Après deux semaines de fête, il y a toujours un air de nostalgie quand arrive le dernier soir. C’est fini. C’est fini, cette fébrilité un peu angoissante juste avant l’ouverture de la pièce… fini l’éclair de pensée qui vous traversait dans la journée… au travail… en voiture, dans le jardin : « Ce soir, je vais au théâtre. » Finie la gaieté de retrouver vos voisins de théâtre. Finis les dîners vite expédiés pour arriver en avance et profiter des airs d’accordéon ou de saxo, finies les dégustations de crêpes, d’accras, de cuisine végétarienne, de tartes, de cakes, de gâteaux… Et surtout, fini le théâtre, cette espèce de miracle éphémère qui fait que, devant nous, la vie se joue autrement et qu’on y croit.
Fini. C’est Jean-François Gabillet qui le dit. Sur la scène dans les décors blancs de l’« Hôtel des deux mondes », il joue sa partition de président : c’est l’heure du bilan. L’assistance est nombreuse, joyeuse, les acteurs de La Lucarne sont là, la tête encore pleine des applaudissements reçus, les familles, les amis, les bénévoles, les fidèles du Festival qui ne manquent pas un spectacle, les conseillers municipaux, la régie…
« J'étais seul, l'autre soir, au Théâtre Français,
Ou presque seul ; l'auteur n'avait pas grand succès.
Ce n'était que Molière, et nous savons de reste
Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste,
Ignora le bel art de chatouiller l'esprit
Et de servir à point un dénoûment bien cuit.
Grâce à Dieu, nos auteurs ont changé de méthode,
Et nous aimons bien mieux quelque drame à la mode
Où l'intrigue, enlacée et roulée en feston,
Tourne comme un rébus autour d'un mirliton. »
Alfred de Musset

Etonnant, vous ne trouvez pas ? De plus, écrit par Alfred de Musset !
Ce texte, je l’ai retrouvé dans un de mes cahiers de collège, j’avais quinze ans, je ne comprenais pas.
Peut-on être un très grand auteur au XVII° siècle et moins que rien deux siècles plus tard ?
A peine le Théâtre en stock a-t-il dit ses derniers mots sur Charles Perrault, que les régisseurs entrent en scène. Ce mardi 2 juin à 11 heures, c’est la fin du 34° festival.
Momo, le régisseur de la troupe invitée, regroupe les accessoires, embarque la malle et le fauteuil dans le camion. En même temps, l’équipe de régie du Festival a sorti la tour de son enclos, adossé les échelles et commencé le décrochage des projecteurs et l’enroulement des câbles. Tous les techniciens sont réunis pour une dernière partie qui se jouera en deux heures. Les câbles de l’extérieur qui ont servi à permettre la cuisson des crêpes ou la friture des accras ne sont plus là, la bannière Festival Théâtral ne flotte plus à côté des drapeaux. Franck Martin, le régisseur général, a déjà fait un premier transport de matériel jusqu’à son entrepôt. Il ne reste qu’à faire la photo de famille sur le plateau.




