Après deux semaines de fête, il y a toujours un air de nostalgie quand arrive le dernier soir. C’est fini. C’est fini, cette fébrilité un peu angoissante juste avant l’ouverture de la pièce… fini l’éclair de pensée qui vous traversait dans la journée… au travail… en voiture, dans le jardin : « Ce soir, je vais au théâtre. » Finie la gaieté de retrouver vos voisins de théâtre. Finis les dîners vite expédiés pour arriver en avance et profiter des airs d’accordéon ou de saxo, finies les dégustations de crêpes, d’accras, de cuisine végétarienne, de tartes, de cakes, de gâteaux… Et surtout, fini le théâtre, cette espèce de miracle éphémère qui fait que, devant nous, la vie se joue autrement et qu’on y croit.
Fini. C’est Jean-François Gabillet qui le dit. Sur la scène dans les décors blancs de l’« Hôtel des deux mondes », il joue sa partition de président : c’est l’heure du bilan. L’assistance est nombreuse, joyeuse, les acteurs de La Lucarne sont là, la tête encore pleine des applaudissements reçus, les familles, les amis, les bénévoles, les fidèles du Festival qui ne manquent pas un spectacle, les conseillers municipaux, la régie…
« J'étais seul, l'autre soir, au Théâtre Français,
Ou presque seul ; l'auteur n'avait pas grand succès.
Ce n'était que Molière, et nous savons de reste
Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste,
Ignora le bel art de chatouiller l'esprit
Et de servir à point un dénoûment bien cuit.
Grâce à Dieu, nos auteurs ont changé de méthode,
Et nous aimons bien mieux quelque drame à la mode
Où l'intrigue, enlacée et roulée en feston,
Tourne comme un rébus autour d'un mirliton. »
Alfred de Musset

Etonnant, vous ne trouvez pas ? De plus, écrit par Alfred de Musset !
Ce texte, je l’ai retrouvé dans un de mes cahiers de collège, j’avais quinze ans, je ne comprenais pas.
Peut-on être un très grand auteur au XVII° siècle et moins que rien deux siècles plus tard ?
A peine le Théâtre en stock a-t-il dit ses derniers mots sur Charles Perrault, que les régisseurs entrent en scène. Ce mardi 2 juin à 11 heures, c’est la fin du 34° festival.
Momo, le régisseur de la troupe invitée, regroupe les accessoires, embarque la malle et le fauteuil dans le camion. En même temps, l’équipe de régie du Festival a sorti la tour de son enclos, adossé les échelles et commencé le décrochage des projecteurs et l’enroulement des câbles. Tous les techniciens sont réunis pour une dernière partie qui se jouera en deux heures. Les câbles de l’extérieur qui ont servi à permettre la cuisson des crêpes ou la friture des accras ne sont plus là, la bannière Festival Théâtral ne flotte plus à côté des drapeaux. Franck Martin, le régisseur général, a déjà fait un premier transport de matériel jusqu’à son entrepôt. Il ne reste qu’à faire la photo de famille sur le plateau.
D’Éric-Emmanuel Schmitt
Théâtre de La Lucarne
Mise en scène : Serge Vinson
Le Théâtre de La Lucarne clôt les soirées du 34° Festival sous les applaudissements enthousiastes d'une salle comble. Succès donc pour Serge Vinson qui a assuré la mise en scène et créé un décor étonnant, ainsi que pour les comédiens, convaincants et alertes.
Éric-Emmanuel Schmitt situe l'action dans la « salle de réception d'un hôtel ».
Ici, le choix scénographique confronte le spectateur, dès l’ouverture du rideau, à un univers énigmatique, hors du temps, hors du monde. Tout sauf un hôtel, même si la pièce ressemble à un salon confortable, avec fauteuils, table basse, bureau d’accueil. Plutôt une unité de soins psychiatriques ou un hypothétique salon d’accueil avant bloc opératoire. Car les lieux sont blancs, murs blancs capitonnés, mobilier blanc, blouses blanches, cela sent l’asepsie. Le spectateur, intrigué, devine peu à peu qu’il se trouve dans un endroit qu’aucun visiteur ne décrit, à plus forte raison s’il n’en revient pas, car on peut ne pas revenir de ce cocon blanc. Quelques carnets de voyage, laissés par ceux qui ont pu obtenir un aller et retour, en ont tenté une description, mais les témoignages ne sont pas concordants et la vérification impossible. Car c’est du coma qu’il s’agit. Le coma, un hôtel où séjournent ceux qui attendent.
D’après Charles Perrault
Compagnie : Théâtre en stock
Mise en scène : Jean Bonnet
Un présentateur nous invite à entrer dans la forêt des contes.
La salle, autre forêt peuplée de deux centaines de petits poucets, frémit déjà.
Et sur la scène surgit une jeune fille en doudoune rouge. Elle chante un air anglais ; puis vient un monsieur, très gai qui danse avec un parapluie et chante jazzy ; coup de chapeau enfariné : c’est un grand père. Il s’installe pour lire le « canard enchaîné ». On voit bien qu’il aime rire. Elle, la petite-fille, lui réclame des contes, bien sûr. On en arrive à Perrault « un opposant de Boileau dans une fameuse querelle ». Et voilà que le train des contes se met en branle.
Le Petit Chaperon rouge suivi du Petit Poucet, qui amène le Chat Botté, puis Grisélidis, et la Belle au bois dormant, les Fées, Riquet à la houppe, les Souhaits ridicules, Cendrillon, Peau d’âne, et le tant attendu et redouté Barbe Bleue. Onze contes d’un coup.




