Maman !
Ils ont mis du champagne dans mon théâtre !
Ils ont fait une fête fantasque avec des couleurs et des grimaces,
Des costumes changeants et des décors qui bougent,
De la musique iconoclaste et des nez rouges.
Ils étaient la jeunesse qui rit d’être jeune,
Qui danse d’être jeune,
Et qui s’en bat l’œil d’être jeune,
Parce qu’elle s’amuse, la jeunesse,
Aux vents des mots du vieux Tardieu,
Un qui s’est fait Dieu sur le tard,
Pour qu’on s’en bâte l’œil de la tristesse,
De la bassesse de l’humanité,
De la béance du néant,
De la petitesse des pédants,
De l’anse du panier des mots fléchés,
De l’os à voile et à vapeur,
Et des enfants perdus sans collier.
De Peter Handke
Cie La Bataille
Mise en scène : Xavier Bazin
Décor minimaliste à l'image d'une station de métro glauque comme le moral de l'acteur.
Déçu par la vie, le décor du métro devient son seul univers, son refuge pour taire sa solitude.
Le public interpellé comme les passagers de son wagon.
Tout le monde en a pris pour son grade, grinçant, caustique
comme nous savons l'être parfois, pour se défendre : l'attaque.
Nous avons ri aussi en entendant des vérités qu'on pense parfois
sans se permettre de les dire.
Enfin un peu d’humanité !
Certes du rogue, du rude, de l’ivrogne borgne,
A la trogne de pendu,
Préférant l’injurieux à l’injure,
Quelque chose d’humiliant et de prude,
Entre amour et haine,
Préférant la mort à la terreur de vivre,
Volcan éructant à l’intérieur de lui-même,
Baignant dans sa lave,
Torche vivante s’éteignant doucement dans sa nuit.
La souffrance était un plaisir solitaire,
Tel un enfant pleurant sa mère,
Remplissant le vide de son cri.
C’était un peu long, toutes ces phrases de bave,
Fausse haine gonflée de jalousie,
Jetée à la face des gens,
Coincés dans leur silence, leur fauteuil
Et leur anonymat futile.




