Pendant quinze jours, Coye a vécu au rythme du Festival, le 32° Festival Théâtral de Coye, un événement qui déborde largement les limites de notre commune et bouscule la sérénité habituelle de ses habitants.
Cette année, la pluie et le froid ont bien essayé de refroidir l’ardeur du public, mais il en faut plus pour empêcher les amoureux du théâtre de se rendre en nombre, dès huit heures du soir au Centre culturel transformé à l’occasion en joyeux cabaret avec musique, chants et danses, boissons et nourriture, en attendant l’ouverture de la salle de spectacle.
C’est le moment des retrouvailles, des nouvelles rencontres ; même si on se voit pour la première fois, on sympathise parce qu’on fait tous partie de la grande famille du théâtre. Il s’en dégage une atmosphère chaleureuse, bruyante, désordonnée mais tellement attachante !
de Heinrich von Kleist
Théâtre de La Lucarne
Mise en scène Claude Domenech
En clôture, le public du Festival est allé à la découverte d’un auteur dramatique allemand du début du XIX° siècle, assez peu connu des Français, si ce n’est par « Le Prince de Hombourg », drame dans lequel s’était illustré Gérard Philipe. C’est le mérite de notre troupe locale que de varier les sujets, les auteurs et les genres. La liste des pièces qu’elle a produites depuis 45 ans se lit comme une histoire du théâtre.
Mais point de drame romantique ici, juste une comédie, connue comme « la meilleure comédie du répertoire allemand. »
Le titre a quelque chose de dérisoire. Quoi ! Ecrire toute une pièce sur une cruche ! Cela ne saurait être qu’une farce, bien sûr. L’argument est simple : Un homme a pénétré indûment dans la chambre d’une jeune fille, Eve, et en s’enfuyant a cassé une cruche. Marthe Rule, la mère, en appelle à la justice et accuse du méfait un galant du village qui s’intéresse de très près à sa fille. Pourtant l’auteur du méfait est le juge en personne, qui se nomme … Adam ! On devine où cela nous mène. Comment la forfaiture du magistrat sera-t-elle dévoilée ? Grâce à un inspecteur des tribunaux qui vient justement à passer et rassemble les indices pour confondre le juge, notamment une perruque perdue dans une vigne en espalier sous les fenêtres de la jeune fille – perruque burlesque dont on parle du début à la fin de la pièce et qui passe de main en main ! La mise en scène donne à la fable un petit air d’enquête policière : l’horloge assure le chronométrage des faits, le greffier liste les informations au tableau, les témoins sont appelés à la barre pour une déposition sous un faisceau lumineux…
de Voltaire
Compagnie du Catogan ID Production
Adaptation et mise en scène Gwenhaël de Gouvello
C’est un tourbillon, une page des Mille et une nuits, un voyage en Orient, une course haletante au royaume de Babylone, sur les rives de l’Euphrate, dans les déserts d’Arabie, en Egypte…. Tel est le Zadig que nous a offert la Compagnie du Catogan.
Le propos de Voltaire était d’utiliser le genre du conte oriental et sa cohorte de rebondissements d’une part pour divertir, d’autre part, et surtout, pour interroger sur les jeux du hasard ou du destin, le bonheur et le malheur, et surtout sortir les griffes contre la bêtise, les superstitions, les injustices, la corruption et l’intolérance. Dénoncer et rire. Etre un satiriste et raconter une histoire. Mêler les genres, brouiller les pistes. L’adaptation du conte par Gwenhaël de Gouvello ne s’en prive pas non plus.
d’Israël Horovitz
Compagnie Cavalcade
Mise en scène Sylvia Bruyant
Quelle bonne idée de nous proposer cette année au festival théâtral de Coye-la-Forêt deux pièces d’Horovitz ! Cela nous a permis de faire connaissance avec cet auteur et de voir les facettes très différentes de son talent. La pièce « Le Premier » est une œuvre apparentée au théâtre de l’absurde dont l’inspiration peut être recherchée du côté de Beckett ou de Ionesco, tandis que « Le Baiser de la veuve » est d’un style bien différent.
L’absurdité de notre condition humaine et surtout de notre moi social est évoquée dans « Le Premier. » Cinq personnages font la queue, on ne sait pour quelle raison et finalement cela n’a pas d’importance. C’est l’absurdité de la vie de groupe qui est ici montrée et la volonté d’être le premier quel que soit l’enjeu. Pour cela l’homme est prêt à toutes les compromissions. Il est intéressant de voir que la mise en scène est essentielle ici dans la mesure où il n’y a pas de chose plus statique que de faire la queue, pourtant il s’agit d’une pièce où les acteurs sont très mouvants et même bondissants. Dans un décor inexistant, une simple bande blanche au sol, ils réussissent à occuper l’espace dans une superbe mise en scène de Léa Marie-Saint-Germain.




