Ça y est ! La réalité est dépassée par la fiction. Pour y arriver, elle est devenue de plus en plus « augmentée ». Toute nue, comme la vérité, elle n’est que faiblesse. Elle ne devient belle et puissante grâce au progrès d’hypertechnologies fascinantes. Elles vous glissent dans l’œil ce que vous devez voir ou vous apprennent à conduire sans voiture ou à piloter sans avion. Toujours plus fortes, elles vous permettent de soigner sans malade et de voyager aux antipodes depuis votre canapé. Toute seule, la réalité est bête, maigre comme une terre qui serait plate, vide comme une mémoire de bébé à naître. La réalité est comme l’eau vive : froide, insipide et sans couleur. Par les temps qui courent, l’actualité inquiétante, les discours journalistiques, les harangues politiques, les magazines d’info continue, le déroulement infini de moulin à prière de nos écrans tactiles arrivent seulement à rendre nos vies supportables. Les alcools forts, les drogues hallucinogènes, la pornographie, la multitude des écrans géants, feux d’artifices permanents jusque sur les gratte-ciels illuminés de nos mégalopoles, séduisent nos cerveaux et sidèrent nos rétines. Enfin le mensonge s’en donne à cœur joie. Au grand air de la calomnie, se mêlent le chant des fausses nouvelles, l’hymne des fake news et les oratorios modernes des contrevérités. La réalité est devenue « augmentée » par le mensonge. Alors tout est bon ! Il existe des races juive et arabe. Il faut croire les promesses des hommes politiques. Les pyramides sont des centrales électriques. Les extra-terrestres votent Macron. Les réfugiés américains mangent les chats et les chiens. Le sexe différencie les hommes et les femmes (chromosomes, biologie, etc.), mais peut changer si on a la foi et qu’on a pas le bon corps, parce que la cigogne s’est trompée. Le réchauffement climatique, ça n’existe pas : on est seulement devenu moins frileux. Marie est tombée enceinte toujours vierge et a fait un enfant en le restant. La richesse va toujours des riches vers les pauvres. Les publicités mensongères du marketing remplacent l’honnêteté des anciens commerçants. Ce sont les vaccins qui rendent malade : sans eux on serait tous bien portant. Ce ne sont pas les hommes qui font les guerres, qui tuent, qui violent et qui torturent, parce qu’il y a des femmes aussi ! Plus c’est gros, plus ça passe. Plus c’est faux, moins ça lasse. Rien n’est plus trompeur que la vérité. Chacun en a une n’est-ce pas ? La réalité n’est qu’une question de point de vue ou de ressenti. Et le délicieux mensonge n’a-t-il pas toujours un fond de vrai ?
Réjouissons-nous et que le cœur y soit ! La vie est là. Elle nous prend à pleins bras. Sous la voûte fraîche du pont de pierre, elle coule, lisse et transparente, laissant juste deviner la coquetterie de ses poissons. Des grappes de fleurs retombent des rives médiévales. L’été dore les toits du village endormi. Le peuple s’est réjoui, panem et circenses ! Les cris des foules des jeux du grand cirque olympique ont gravé les noms des nouvelles gloires en lettre d’or dans le marbre des podiums historiques. Et le peuple finit son pain. Les vacances suspendent encore le temps, un instant. Un papillon blanc se pose en vacillant sur une fleur blanche en habit de dimanche qui, charmée, lui offre son pistil envoûtant. Dans l’ombre bleue de midi, le vieux beffroi a arrêté les aiguilles de son cadran. Les vagues de rescapés de la sieste méridienne déambulent sous les ombrages. Ne mettons pas de frein au plaisir de l’été quand la chaleur est douce et les cigales, un peu soûles, chantent invisibles là-haut sur l’écorce blanchie des platanes de la promenade. Le monde mérite notre émerveillement : depuis le temps qu’il fait des efforts pour soigner son apparence, pour parfaire les ors et les drapés de sa nature généreuse ; depuis le temps qu’il étend au soleil, accrochées d’un sommet à l’autre, ses immensités de neige éclatante ; depuis le temps qu’il nous tend cette voûte de ciel, si bleue qu’elle fait planer dans les courants ascendants de l’espoir ; depuis le temps qu’il peint la mer d’un outre-mer si intense que l’éclat des vagues éblouit les goélands. Le monde se fait beau encore pour nous, comme un amoureux pour sa promise. La belle sape, la coiffure travaillée et l’œil en accroche-cœur, il vient vers nous pour nos offrir son amour. Le monde mérite notre affection. Réjouissons-nous qu’il veuille toujours de nous. Il sait notre mépris. Il sent notre haine. Sa peau brûle et se craquelle. On a creusé des mines, foré des puits de pétrole et de gaz enflammé. On a arraché ses manteaux de forêts, les velours de ses prés et le soyeux bigarré de ses champs. Le monde souffre dans le vent de nos tempêtes et plie sous nos ouragans. Il crame dans nos incendies et nos déserts brûlants. Il se noie dans les montées des flots qui engloutissent les campagnes, les animaux des champs et nos villes, jusqu’aux derniers habitants. Le monde souffre en serrant les dents, mais nous sourit quand même. Il a cette pudeur de ne pas nous parler de nos guerres et de nos bombardements. Alors réjouissons-nous et goûtons la moindre de ses beautés.
Y a du débat chez les choucas ! Des oiseaux noirs se disputent les perchoirs. Ça jacasse dans les hémicycles comme ça déblatère au comptoir. Que d’énergie dépensée pour savoir qui saura le mieux coasser! Ça claque du bec, ça grince de dépit, ça s’ébouriffe le jabot. Que d’espoirs trompés dans l’enthousiasme des fausses promesses ! Les discours frelatés sont lancés à la volée tels des corbeaux criards. Modernes moulins à prières, les chaînes d’infos en continu enroulent à l’infini leur dénuement d’idées. Les pages des médias virtuels s’effeuillent au vent des fausses nouvelles. Que se passe-t-il ? Pourtant les morts meurent, les survivants pleurent, les enfants tremblent de peur. Mais ça va. Ça va passer. La flamme olympique a fait étape dans le village. Les habitants goguenards ont applaudi ce non-évènement de la journée. Ça va ! Pourtant les Sud-Soudanais périssent en masse. Les homosexuels sont pourchassés comme des punaises de lit à travers toute l’Afrique. Le 55ème féminicide français de l’année a gagné une médaille au journal télé ! Mais ça va. Nous sommes prêts à recevoir dans notre capitale les sémillants athlètes aux couleurs chatoyantes de toutes les nations pour leur permettre d’assouvir leur soif d’exploits et de victoires. Le maillot jaune de Pogačar est phosphorescent de soleil à l’arrivée du Tour de France. Ça va ! On y croit ! Y’a pas à se faire de mauvais sang. Ce ne sont pas quelques oiseaux noirs qui vont troubler notre sommeil de bien-pensant. Mais ça croît pourtant, ça prolifère ! L’oreille de Trump nous est offerte comme un trophée de fin de corrida. Après sa réélection, il nous promet la paix dans le monde. Les chenilles des chars de Poutine et de Xi Jinping grondent dans ses discours. Ça va, les corbeaux ! Vilains fouilleurs de poubelles, charognards des sombres ruelles et autres vautours de mauvaises nouvelles ! Ça va ! Vos criailleries de Cassandre mal embouchée ne gâcheront pas nos vacances. C’est sacré, les vacances, celles du bord de mer comme celle du pouvoir. Il faut se détendre après toutes ces émotions électorales, ces peurs de tout, ces urnes sans fond ni fondement, qui ont dispersé nos réflexions telles un vol de corneilles au-dessus d’un champs de blé. Après les fêtes nationales, après l’été, après les Jeux Olympiques, il restera le chant des corbeaux sur la plaine. La pluie effacera les larmes, comme elle dilue le sang impur et le glyphosate qui abreuvent nos sillons.
Je me réjouis qu’un député RN ne soit pas élu dans notre 4ème circonscription, mais il ne faut pas oublier que le RN est le premier parti politique de France (Il a raflé toutes les autres circonscriptions de l’Oise). Il faudra, donc, tenir compte des critiques de ses électeurs comme pour le pouvoir d’achat ou de la sécurité.
Cela m’amène à quelques réflexions. A savoir, il faut souligner qu’il n’y pas eu de vote d’adhésion : les gens ont voté « contre » le centre et la gauche au premier tour et contre le RN au second. Il y a, désormais, trois blocs sans majorité absolue. Même si je pense que cela peut être intéressant pour la social-démocratie (le PS arrive presque au niveau de LFI) pour l’élection présidentielle, les affaires publiques, au niveau national, seront difficiles avant le prochain rendez-vous crucial qu’est 2027.
Je pense que la gauche doit se donner quelques projets à réaliser à court et moyen terme comme :
- L’augmentation du SMIC (sans pénaliser les industries françaises et donc l’emploi, sans entraver la baisse de l’inflation et sans accentuer le déficit commercial),
- Le rétablissement de l’ISF, maintenant que l’on sait, désormais, que le pari d’Emmanuel MACRON d’orienter l’argent des français vers la bourse, a échoué,
- Le retrait du dernier projet de retraite et reprendre celui présenté en 2019 que seule la CGT désapprouvait,
- La priorité à l’écologie en privilégiant les économies d’énergie et en développant les énergies renouvelables ; voire le nucléaire,
- Le logement qui est, depuis de nombreuses années, un souci pour une majorité de nos concitoyens (toutes les communes devraient avoir le quota de 25 % de logements sociaux, même si cela doit être progressif pour que les nouveaux habitants s’intègrent facilement dans la commune). D’ailleurs, Il faut se rappeler que lors de l’achat du terrain « Savouret » avec Isabelle DOMENECH, nous avions soutenu la création d’habitats à loyer modéré, sans succès. Sur ce sujet, nous pouvons constater que la municipalité a évolué en soutenant le projet d’Habitat inclusif.
La gauche devrait faire des accords avec Ensemble et avec les Ecologistes ; voire avec les LR et qu’elle ne se donne pas trop d’objectifs car si l’un d’entre eux n’est pas atteint, ce sera un argument pour le RN lors de l’élection présidentielle. Nous savons qu’en démocratie, on ne peut pas plaire à tout le monde et que tout dossier comporte des éléments contradictoires et c’est pour cela qu’il faut que ces évolutions soient portées par des gens qui ont eu des responsabilités associatives, d’entreprises ou la gestion de collectivités territoriales et qui donc, ont l’expérience de ces dossiers complexes. Puis, il faudra beaucoup communiquer sur ces réalisations car depuis une vingtaine d’années de nombreux progrès ont été réalisés mais sans que la population s’en aperçoive.
Sans oublier le local en travaillant des dossiers intéressants, au niveau communal et départemental, utiles aux plus défavorisés. L’achat de Trois châteaux est l’occasion pour nous de montrer de quoi nous sommes capables collectivement. Même si, c’est avant tout à la municipalité de monter des projets, car les Elus en ont la légitimité et la mairie les moyens humains, la société civile peut ou doit proposer des projets.
Ce dossier des Trois châteaux devrait permettre de réunir des personnes de toutes orientations politiques et de niveau social divers comme nous le faisons, déjà, depuis 2021.
Ce soir du 30 juin, c'est la consternation... Sauf chez les RN. On les comprend, ils attendent ce jour depuis 2002, et peut-être depuis 1986 (scrutin à la proportionnelle à un tour). Cela leur a semblé long...
Chez les autres, choc de voir que les trois départements de Picardie ont préféré un candidat RN, et que l'ensemble des Français a suivi le mouvement.
Les macronistes se lamentent d'avoir élu un président qui les précipite dans la débâcle.
Les LR n'ont pas su détourner des militants de la tentation lepéniste, après avoir perdu du poids depuis l'affaire Fillon.
Le Nouveau Front Populaire avait de quoi rassembler ceux qui demandent la justice et de quoi vivre. Mais ils se sont divisés et n'ont pas eu le temps indispensable pour édifier un vrai front, assez solide pour convaincre, une union de la gauche, quoi.
A la suite de ces résultats, ce soir c'était l'hystérie, la haine, l'arrogance. Les chants de la victoire ou les cris du vaincu déchiraient les plateaux de télévision, ça se coupait la parole, ça criait... On en serait presque venus aux mains.
Et soudain une voix calme qui donne un peu d'espoir, celle de François Ruffin. Il parle de la réconciliation nécessaire entre les opposants d'aujourd'hui et a ces mots étonnants qu'il ose à peine prononcer, presque incongrus dans la cacophonie ambiante, tant ils tranchent avec ce qui se crie autour de lui : "pour réconcilier les Français il faudra gouverner avec tendresse", dit-il tranquillement.
Je ne sais pas si sa voisine de plateau a compris. Mais moi, je me suis sentie mieux.






