Il y a eu des échéances électorales. La vie civique n’était alors que débats de journalistes et d’hommes politiques avisés. On y retrouvait toute la palette de l’art rhétorique, de la conversation de salon au duel tauromachique de l’arène du second tour. Puis il y a eu les manifestations de masse avec des gens dans la rue, des cris et des slogans hurlés dans la haine partagée. Dans un brouillard lacrymal irritant, des gens jaune fluo se faisaient cibles de prédilection pour les viseurs des policiers. Puis il y a eu le « Grand Débat » avec son lot de têtes blanches, de tables et de tréteaux, mobilisant les derniers croyants dans la magie de l’agora et dans la puissance de la palabre. Puis il y a eu les grands discours présidentiels, les conférences de presse, les promesses de communications et la communication des promesses. Puis il y a eu les vacances. Et puis, ça recommence. Pour la rentrée on prévoit des débats sur la retraite, sur les salaires et sur les impôts.
Le 7 septembre 2019
Le traditionnel forum des associations prolonge agréablement l'effervescence de la rentrée scolaire. A peine la première semaine de classe est-elle terminée qu'il faut penser à la programmation des loisirs. Toutes les communes de la région avaient choisi le samedi 7 septembre pour cette festivité. Très nombreuses à Coye-la-forêt – cinquante-quatre sont recensées sur l’annuaire du site de la municipalité –, les associations avaient installé leurs stands dans tout le Centre culturel : trois salles, le hall d’entrée, le couloir et la salle Claude Domenech où le Théâtre de La Lucarne et le Festival théâtral avaient établi leurs quartiers.
Dès l’entrée, d’une voix de stentor, Olivier du Théâtre aux champs harangue le badaud et donne le La. L’ambiance sera joyeuse. Normal, on vient là pour le choix de ses loisirs.
Le mois d’août s’étire langoureux sur les plages des vacances. Le mistral s’est arrêté de souffler sur les brasiers du Sud et la pluie a fini par tomber sur l’argile craquelée des plaines du Nord. Notre vieille France somnole encore. Ailleurs le monde s’étripe et s’égosille. Les puissants patriarches sont impuissants à calmer leurs impérieux désirs d’en découdre. Un nouveau partage du monde a déjà commencé. Chez nous, on ne veut pas penser que c’est bientôt la rentrée. On goûte les derniers fruits si délicieusement défendus d’un passé peut-être déjà révolu. Et pendant ce temps-là, les femmes meurent. Les assassins n’ont pas pris de vacances. Le 6 juillet dernier, place de la République, Muriel Robin demandait à la foule, rassemblée autour d’elle contre les violences conjugales, de hurler la révolte des femmes.




