Voilà une année qui commence sous de sombres auspices. Les gens se souhaitent santé et amour pour 2019, mais pas la fortune. Les mauvaises nouvelles sont d’anciennes mauvaises nouvelles que radote la télé. On a passé Noël et la nouvelle année à serrer les dents, les fesses, les coudes, tout ce qu’on pouvait serrer. La finance internationale a construit « le Marché », énorme Baal dressé telle une monstrueuse verrue sur le vortex de notre planète bleue. Son ombre inexorablement gagne de continent en continent. Les hommes de pouvoir s’injurient d’une rive à l’autre, écrasant les uns contre les autres les peuples rendus fous de misère et de rage. La planète perd son bel opale bleuté de perle de la galaxie. L’avenir va devenir la nuit des temps. Comme la peur, la colère est contagieuse. Elle agite la houle des foules et fait gravement jaunir les gilets.
En janvier, étoiles, guirlandes et boules scintillantes de Noël sont encore aux façades et aux branches, dans la crèche de Paul les étoiles luisent et accueillent notre visite.
Sous un ciel bleu de Méditerranée, au pied peut-être de la montagne Sainte-Victoire, le village provençal descend le long de sentiers jusqu'à la grotte où s'abrite la crèche. Les créations de Paul aiment les paysages de soleil. Souvenez-vous vous de Bonifacio et de Petra.
Cette année l'architecte passionné retourne vers la Provence qu'il avait déjà choisie pour cadre il y a une dizaine d'années. Maisons hautes, toits de tuiles romaines, moulin, ruines de château fort, ocre rouge de la terre et des façades, volets de couleur, passages étroits entre les maisons, tout est en place pour que les santons provençaux se sentent chez eux.
Les jours s’allongent le long des premières aubes roses quand les matins chagrins nous tirent des couettes épaisses aux rêves blancs. La forêt a perdu ses derniers atours et montre ses genoux violacés par l’hiver. C’est la trêve. La sève est au plus bas. Les gens ont froid et soufflent sur leurs doigts. Mais au village, les boutiques illuminent leurs vitrines. Dans la rue, la mairie a planté un sapin au milieu de la place battue de bises glacées. On va fêter l’espoir dans un futur doré. C’est la trêve de Noël. Il y a des crèches dans les maisons avec des besoins de vie fragile, de paille, d’humilité et d’enfançon. Il y a des guirlandes scintillantes et des boules velours. On va faire la fête.
Le 11 novembre 1918, toutes les cloches de France jusque dans les villages les plus reculés se sont mises à sonner. Ce n'était pas le tocsin qu'on entendait cette fois, mais les carillons de l’allégresse et du soulagement. On y croyait, ce serait « la der des der ».
Cent ans après, se souvenir du 11 novembre 1918 et le célébrer, c’est se souvenir des souffrances d’une génération sacrifiée par des gouvernants insensés, des millions de morts que leur orgueil et leur folie guerrière ont causées. C'est célébrer, après quatre ans de combats atrocement meurtriers, la paix enfin signée dans une clairière de la forêt de Compiègne. Et c'est ne pas oublier non plus que cette paix ne fut qu'éphémère, que la bêtise, la haine, le nationalisme et l'esprit revanchard ont provoqué, vingt ans plus tard, une nouvelle guerre, encore plus meurtrière.




