Il y a des irremplaçables. Il y a des gens qui sont des phares. Leurs yeux balaient nos nuits de longues lueurs d’espoir. La course de nos vies paraît moins incertaine et les récifs noirs des jours de peine moins acérés à nos cœurs transis. Il y a des gens comme ça, des gens simples, comme vous et moi. Ils se réveillent dans le même monde injuste et s’endorment sur les mêmes regrets amers. Leurs rêves sont aussi fous que les nôtres, et aussi forts sont leurs besoins d’amour. Mais si un jour on les croise, on les rencontre, la vie n’a plus la même couleur. On le sait d’instinct.
Penser à sa vie au jour le jour. Regarder ses vieux démons bien en face. Voir le monde tel qu’il est. Croire ce que reflètent nos rétines, malgré l’inacceptable bêtise humaine, malgré l’intolérable cruauté des bourreaux et les inaudibles hurlements de leurs victimes. Vaincre la peur. Se contraindre à scruter, une à une, les horribles plaies de notre vieille planète. Lacérée par la voracité des extracteurs des énergie fossiles et des métaux précieux, ensanglantée par la férocité des guerriers de toutes les guerres, dépecée par l’insatiable gloutonnerie des puissants financiers, dents longues et cols blancs, elle perd sa belle couleur bleue de boule de Noël.
Le monde tremble et s’écartèle. Les scientifiques du monde entier lancent des cris d’alarme devant tous les indicateurs du réchauffement climatique passés au rouge. Des catastrophes s’annoncent, effrayantes et irrémédiables. Les négationnistes se font légion pour protéger le plus longtemps possible les derniers profits des puissants arnaqueurs de la haute finance internationale. Les cassandres annoncent tsunamis et cyclones, guerres et massacres de masse, jusqu’à faire craindre l’extinction de l’espèce humaine. Tout est si sombre qu’il devient difficile de soutenir le regard des enfants quand ils parlent d’avenir. Les cyniques et les aigris se délectent de leur propre égoïsme sous le couvert d’un pessimisme grinçant. Mais dans les têtes, d’autres secousses telluriques agitent l’univers. Les femmes ont pris la parole.




