Réjouissons-nous et que le cœur y soit ! La vie est là. Elle nous prend à pleins bras. Sous la voûte fraîche du pont de pierre, elle coule, lisse et transparente, laissant juste deviner la coquetterie de ses poissons. Des grappes de fleurs retombent des rives médiévales. L’été dore les toits du village endormi. Le peuple s’est réjoui, panem et circenses ! Les cris des foules des jeux du grand cirque olympique ont gravé les noms des nouvelles gloires en lettre d’or dans le marbre des podiums historiques. Et le peuple finit son pain. Les vacances suspendent encore le temps, un instant. Un papillon blanc se pose en vacillant sur une fleur blanche en habit de dimanche qui, charmée, lui offre son pistil envoûtant. Dans l’ombre bleue de midi, le vieux beffroi a arrêté les aiguilles de son cadran. Les vagues de rescapés de la sieste méridienne déambulent sous les ombrages. Ne mettons pas de frein au plaisir de l’été quand la chaleur est douce et les cigales, un peu soûles, chantent invisibles là-haut sur l’écorce blanchie des platanes de la promenade. Le monde mérite notre émerveillement : depuis le temps qu’il fait des efforts pour soigner son apparence, pour parfaire les ors et les drapés de sa nature généreuse ; depuis le temps qu’il étend au soleil, accrochées d’un sommet à l’autre, ses immensités de neige éclatante ; depuis le temps qu’il nous tend cette voûte de ciel, si bleue qu’elle fait planer dans les courants ascendants de l’espoir ; depuis le temps qu’il peint la mer d’un outre-mer si intense que l’éclat des vagues éblouit les goélands. Le monde se fait beau encore pour nous, comme un amoureux pour sa promise. La belle sape, la coiffure travaillée et l’œil en accroche-cœur, il vient vers nous pour nos offrir son amour. Le monde mérite notre affection. Réjouissons-nous qu’il veuille toujours de nous. Il sait notre mépris. Il sent notre haine. Sa peau brûle et se craquelle. On a creusé des mines, foré des puits de pétrole et de gaz enflammé. On a arraché ses manteaux de forêts, les velours de ses prés et le soyeux bigarré de ses champs. Le monde souffre dans le vent de nos tempêtes et plie sous nos ouragans. Il crame dans nos incendies et nos déserts brûlants. Il se noie dans les montées des flots qui engloutissent les campagnes, les animaux des champs et nos villes, jusqu’aux derniers habitants. Le monde souffre en serrant les dents, mais nous sourit quand même. Il a cette pudeur de ne pas nous parler de nos guerres et de nos bombardements. Alors réjouissons-nous et goûtons la moindre de ses beautés.
