La solidarité, on peut dire qu'elle est présente dès l'origine du Festival, tout au moins dans l’un de ses objectifs. Le passionné qu'était Claude Domenech a voulu il y a 37 ans créer une fête du théâtre à Coye-la-forêt avec l'objectif de le promouvoir, de rassembler ses habitants autour de celui-ci, et donc de le rendre accessible au plus grand nombre. Avec lui, six associations ont été assez solidaires et audacieuses pour tenter l'aventure… et la réussir.
Une programmation solidaire
Pour cette 38e année, la programmation s'est tournée vers les 180 nouveaux habitants de Coye-la-forêt, femmes, familles, enfants qui, dans l’impossibilité d’y vivre dignement et en sécurité, ont quitté leur pays pour la France. A Coye-la-forêt, l’Etat leur permet une halte. Pour les gens de théâtre, pas question de les oublier. Le Festival a ainsi présenté deux spectacles qui concernent leurs parcours et leurs vies : « Étranges étrangers » (lien), et « De Pékin à Lampedusa ». Il leur a également donné le droit d’être spectateurs en offrant des places à ceux qui souhaitaient venir un soir goûter au théâtre et oublier leurs inquiétudes.
Europe, fille du roi de Tyr, ancienne cité du Sud du Liban, est enlevée par le dieu des dieux de l’époque, déguisé en taureau, et emmenée en Crète, la limite Sud de notre continent européen, le Lampedusa du moment. Ça commençait déjà très mal pour elle. Le déguisement est carrément ridicule, mais la suite est criminelle : l’enlèvement d’une mineure avec viol et séquestration. A l’époque, les hommes n’avaient pas à se gêner, même les dieux violaient. Trois ou quatre millénaires plus tard, la pauvre Europe n’en mène pas plus large. Comme les précédentes élections de ses députés, celle d’il y a cinq ans n’a rien changé et celle-ci ne laisse rien augurer de meilleur.
De Jean-Claude Grumberg
Mise en scène : Isabelle Domenech
Dès le début de la pièce, nous sommes entraînés dans un dialogue absurde entre le directeur d’une maison de retraite (Jean Truchaud) et le fils (Antony Goulhot) d’une résidente (Claudine Deraedt) dont la mémoire est très déficiente. Le directeur est obnubilé par ses problèmes de budget et gestion de personnel ; le fils est désemparé par l’état de sa mère qui ne le reconnaît pas et qui a des problèmes de cohabitation avec ses voisins de couloir. Le dialogue entre les deux hommes est très rapide et, quoique tragique, puisqu’il y est question des dégradations causées par l’âge, devient un échange à la Louis de Funès dont l’humour détend l’atmosphère. Le contraste est fort avec la souffrance de cette vieille femme perdue qui a parfois des éclairs de souvenirs d’un traumatisme d’enfance : par petites touches discrètes sont évoqués peu à peu les camps de concentration et les privations, les médecins sadiques et sa fuite désespérée avec sa mère dans une forêt, poursuivies par les nazis et leurs chiens.
De Marguerite Duras
Mise en scène : Guillemette Laurent
D’emblée le public est surpris par une mise en scène originale (de Guillemette Laurent) où les acteurs lisent le scénario, se positionnant à l’extérieur du jeu de théâtre, comme les protagonistes se posent d’abord en dehors de leur histoire à travers la distance palpable que les êtres humains mettent entre eux pour se protéger de leurs sentiments.
C’est drôle et sensible grâce au jeu des acteurs et le public partage leur impatience à aller plus loin dans l’histoire et à entrer dans l’intimité qui fut la leur et que l’on perçoit immédiatement comme douloureuse.
De John Millington Synge
Mise en scène : Patrick Alluin
Quelques chaises, deux tonneaux, une planche, des caisses de Guinness et, sur le comptoir improvisé, une bouteille de whiskey. Il n’en fallait pas plus pour camper sur la scène du Centre culturel de Coye-la-forêt une Irlande catholique empreinte d’une profonde ruralité coincée dans les couloirs du temps.
Un soir de pleine lune et de veillée mortuaire où s’apprêtent à aller fêter la Vie, la Mort, tous les hommes avinés du village, surgit dans ce pub – épicerie-tabac oublié sur sa colline, Christy Mahon, un jeune paysan épuisé et apeuré. Il vient de tuer son père d’un coup de bêche et a pris la route pour échapper aux « casqués » d’une police que l’on imagine britannique.




