La lettre de Coye de ce mois
La lettre de Coye était accompagnée ce mois-ci d’un encart intitulé « Stockage temporaire du fumier hippique : information aux habitants »
Le titre, à lui seul, a de quoi interloquer car visiblement tout le monde n’entend pas le mot « temporaire » de la même façon. Si l’on en juge par la définition du dictionnaire, "provisoire" désigne une solution intermédiaire en attente d'une solution définitive, tandis que "temporaire" indique une durée limitée et prévisible. Reste à savoir ce qu’il faut entendre par « durée limitée ». Quelques semaines ? Quelques mois ? Le stockage en question se fait sur le territoire de Coye-la-Forêt dans des conditions absolument illégales depuis plus d’un an. Quant à la prévisibilité, on était jusqu’à présent dans le flou le plus total, il était question de fin 2025, maintenant, on nous parle de juin 2026. À ce train-là, qu’est-ce qui nous garantit qu’en juin on ne nous parlera pas de décembre ? On a un peu l’impression que les dates ne sont avancées que pour nous faire patienter. Les conditionnels employés dans le dernier paragraphe peuvent nous le faire craindre (« Le délai pour la construction devrait être de deux mois ). Fin juin ? On prend les paris ?
Une chose est certaine, le temporaire finit par durer. Et une autre chose paraît vraisemblable : s’il n’y avait pas eu de protestation citoyenne, il risquait de durer plus encore. Donc ne relâchons pas la pression !
On nous explique ceci dans le premier paragraphe : l’Institut de France constate que sur le terrain qu’il possède au Mont de Pô « les normes de stockage ne sont pas respectées risquant ainsi de polluer la nappe phréatique » et donc, en toute logique, l’Institut demande que le fumier n’y soit plus déversé. Et que fait France Galop ? Il déverse le fumier sur d’autres terrains, notamment à Coye la Forêt, en ne respectant toujours pas les normes de stockage et donc en risquant de polluer tout pareil la nappe phréatique. Quel progrès ! Se contenter de déplacer le tas de fumier et le remettre au Mont de Pô, loin du regard, comme il est suggéré, ne constitue pas une solution..
La dernière phrase laisse perplexe : « France Nature Environnement a dû porter plainte ». Que faut-il comprendre par cette expression ? A dû ? Elle a fini par y être obligée ? Ou bien : elle a vraisemblablement porté plainte, mais sans qu’on en soit bien certain ? Il semblerait que peut-être …
Est-ce que France Nature Environnement se soucie de défendre l’environnement de la même façon que les ministres de l’écologie se soucient de défendre l’écologie, c’est-à-dire en fermant les yeux et en obéissant aux injonctions des lobbies ? On peut légitimement se poser la question car, assez curieusement, mais de façon révélatrice, le document est co-signé par :
- le « Responsable exploitation France Galop », donc le contrevenant, responsable, oui, des nuisances constatées, et pollueur potentiel,
- le Maire de Coye-la-Forêt, qui est censé assurer la tranquillité des habitants et faire respecter le règlement sanitaire départemental sur le territoire de la commune,
- et la « Référente Hauts-de-France pour France Nature Environnement », dont on apprend qu’elle « a dû » porter plainte.
A-t-on jamais vu ça, un document cosigné, comme d’un commun accord, par le délinquant, le gendarme et le plaignant ? Dans quel drôle de monde vivons-nous ? À quoi servent les lois et les règlements si on peut les bafouer en toute impunité ?
Tout cela accompagné, sur le côté gauche de la page, d’un grand cartouche d’autosatisfaction dans lequel est vantée l’excellence de l’aire cantilienne en matière d’activités hippiques. Par exemple on nous indique qu’entre 2023 et 2026, on y compte 550 chevaux de plus, ce qui est implicitement présenté comme une formidable progrès. Sauf que si, parallèlement, on n’a pas prévu le moyen de stocker le fumier qui en résulte, c’est tout simplement irresponsable et il n’y a pas lieu de s’en réjouir.
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Il est vrai que juste sous le titre de l’article, un ‘’ chapeau ‘’ nous annonçait tout de suite la couleur : l’ensemble du document sera à la gloire de la filière hippique et tendra à disculper totalement ses acteurs, alors que ceux-ci contreviennent au règlement sanitaire départemental de façon grave, durable, et sans terme assuré. Les auto-excuses et les profonds regrets ne changent rien au problème !
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1 commentaire
Commentaire de: francoise Membre
Je viens de voir le film « Les algues vertes » de Pierre Jolivet.
J’avais déjà acheté la BD du même nom dès sa sortie.
Ce qu’on y décrit est infiniment plus grave que ce tas de fumier mais je ne peux m’empêcher d’y trouver des analogies avec des arguments tels que : pilier économique, patrimonial et identitaire majeur, nombreux emplois directs et indirects, ces fameux arguments qui autorisent toutes les dérives.

