Il n’y a pas de Ajar
Qui suis-je vraiment, quelle est ma véritable identité ?
Suis-je juive ou antisémite ou juive antisémite ?
Suis-je une personne réelle ou un personnage de fiction ou une personne réelle imprégnée de tous les personnages de toutes mes lectures ?
Suis-je l’auteur Romain Gary ou son pseudo Émile Ajar, vielle juive ou jeune arabe ?
Suis-je homme ou femme ou trans ou tour à tour homme et femme ?
Suis-je intacte ou mutilée, muette ou jacassante ?
Suis-je un humain ou un caméléon qui finit par crever pour s’être posé au mauvais endroit ?
Suis-je déterminée par mes gênes ou façonnée par les traumatismes subis par mes ascendants ?
Quelle défroque me sied le mieux, pantalon, short, robe, blouson strict, justaucorps bariolé ?
Et quelle coiffure ? Blonde échevelée ou noire corbeau ?
Lequel de tous ces miroirs reflète mon vrai visage ? Tendre ou halluciné, grimaçant ou doux et blanc ?
Que cache mon rire grinçant ?
Mon inconscient recèle-t-il un cadavre puant ou des parfums suaves ?

Toutes ces questions et bien d’autres encore, on n’a pas l’habitude de se les poser de façon si dérangeante et à ce rythme effréné. Mais au-delà de l’interrogation « Dans quelle identité réductrice suis-je enfermée ? » ne faut-il pas aussi se demander « Pourquoi se sentir menacée par l’autre qui est différent et pourquoi vouloir l’empêcher d’être ? ».
L’actrice incarne chacune de nos possibles identités dans un tourbillon époustouflant.
Je ressors du spectacle bousculée, sonnée, éberluée, sidérée. Difficile après cela de s’endormir tranquillement.
Alors oui, je veux bien un cachou.

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Il y a quand même un moi à l’intérieur, même si je joue des rôles différents. Un moi que je reconnais bien même si je me travestis. Un moi, ce n’ est pas l’identité.
Bravo à l’actrice pour sa performance.