Toutes les choses géniales
Que faire quand on est enfant et qu’on a une mère dépressive et même suicidaire ?
On ne sait pas, à cet âge-là, que c’est à l’adulte à se prendre en charge, pas à l’enfant à aider l’adulte.
On se pose des Pourquoi ? à l’infini mais aucune réponse n’est satisfaisante.
Alors on cherche désespérément à réparer ce dont on est peut-être coupable.
Et on trouve, parce que les enfants sont inventifs : faire une liste de toutes les choses géniales.
En haut de cette liste on ne pense pas à mettre, ou peut-être on n’ose pas : il y a moi, moi ton enfant.
Alors on commence par des choses qui plaisent aux petits : glace …
On grandit, on tombe amoureuse, on se marie et puis le couple se défait. Forcément puisque rien n’a été résolu.
Et parce que la liste ne répare rien mais qu’il faut bien continuer à se battre contre ce vide, on la continue. Elle atteint des proportions improbables, reflet d’une guérison impossible. Pour trouver un million de choses géniales sur une durée de 50 ans, il en faut vingt mille par an, environ cinquante-cinq par jour à consigner soigneusement. Il reste bien peu de temps pour vivre sa vie. Cette liste est un addiction, une aliénation, le contraire d’une résilience.
La mère réussit enfin son suicide et rate définitivement son rôle de mère.
La liste, toujours aussi vaine, remplit des cartons, envahit tout l’espace après avoir envahi l’esprit.
Seule une psychologue-caniche blanc apportera l’apaisement.

Pour aider les spectateurs à affronter le lourd sujet du suicide, on les fait souvent rire, on fait appel à eux pour clamer certaines idées. L’actrice s’y emploie avec énergie et talent.

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1 commentaire
Commentaire de: Marie-Louise Visiteur
Merci pour cet article qui soulève la couverture des choses géniales pour laisser voir la souffrance. Le mot addiction est bien trouvé pour qualifier cette frénésie de listes qui jamais ne combleront le vide.

