Corpus Machin
Le titre de la pièce n’a pas attiré le public et le sujet non plus, sans doute. C’est dommage car il y avait à apprendre et à partager avec ce Corpus Machin. Il y est à nouveau question d’identité.

Le comédien, après s’être dépouillé de son costume noir de Zorro Bibendum, se présente à nous en costume clair et souple, tout le contraire de ce qui est conseillé aux gros qui doivent, pour amincir leur silhouette, s’habiller de sombre et se corseter dans des vêtements rigides. Si la décence le permettait le comédien serait même nu, car ce qu’il vient nous dire, c’est ça : voilà dans quel corps j’habite, un corps gros, adipeux, essoufflé, suant, dégoulinant, « morbide» comme s’expriment les médecins indélicats, un corps malade qui, je le sais, ne vivra pas vieux ; voilà, je n’ai rien à vous cacher et je vais vous dire comment on vit avec un corps comme celui-là.
Et de nous parler de ce que tous les gros connaissent, de l’effet yoyo, des efforts inutiles, des obsessions (ah ! l’IMC : l’indice de masse corporelle qui descend si difficilement – victoire, j’ai perdu 200 grammes ! – et qui remonte si vite – j’ai repris trois kilos), des frénésies d’engloutissement, à avaler des barres de sucreries hypercaloriques l’une après l’autre, quasiment en apnée, jusqu’à s’en étouffer ; et d’évoquer les angoisses, les remords, la culpabilité vaine et inutilement torturante ; et de raconter les chaises de mauvaises qualité qui s’effondrent sous son poids et les accoudoirs trop serrés qui lui interdisent de s’asseoir et la place qu’il prend sur les banquettes dans l’espace public. Mais est-ce sa faute ?
Le comédien nous parle sans fard du calvaire que c’est de vivre dans ce corps-là. Ainsi le gros porte sa croix. Il peut être le plus intelligent, le plus aimable, le plus raffiné des individus, il sera d’emblée traité de « Gros porc », assigné à cette identité. L’injure grossophobe est aussi violente et aussi insupportable que l’injure raciste.
Avec beaucoup de sincérité, Pascal Reverte nous fait vivre de l’intérieur les difficultés qu’il rencontre dans la vie de tous les jours mais surtout les souffrances qu’il endure.
Le plaidoyer est émouvant, il faut espérer que les spectateurs désormais regarderont différemment ces gros qui prennent tant de place et qui pourraient quand même bien faire un effort ! Le comédien semble leur dire : Ô vous qui avez la chance d’avoir un corps normal, soyez bienveillants.
Ayez pitié, ayez pitié de moi,
À tout le moins, s'il vous plaît, mes amis !
Souhaitons qu’il soit entendu !
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