Concession ou trahison ? Sagesse ou inconscience ?
À la suite de l’article du 15 mai 2026 intitulé « Coye-la-Forêt : Un bois entier disparu… et des solutions pour éviter que ça recommence », article qui déplore la coupe rase d’une parcelle boisée à l’entrée de Coye, Claude Lebret écrit un commentaire : « il nous faudra, effectivement, être vigilant, mais pour créer de l’activité économique et donc de l’emploi ainsi que du logement, il nous faut faire des concessions. »
Ainsi, à gauche comme à droite, nombre de politiques continuent à penser, comme au siècle passé, uniquement en termes de croissance économique et de nombre d’emplois, sans jamais s’interroger sur la qualité des emplois en question, sur l’utilité réelle pour la collectivité de l’activité économique envisagée et sur ses méfaits possibles en matière d’environnement et de santé publique.
Accepter sans broncher, ici comme en tant d’autres endroits, que tous les arbres soient abattus, que le terrain soit entièrement défriché, qu’il soit largement artificialisé et imperméabilisé : il ne s’agit pas là de concessions mais bel et bien d’abandon et de trahison, abandon des générations futures et trahisons par rapports aux engagements pris collectivement de limiter le réchauffement climatique afin que la planète Terre, le seul espace dont nous disposions, puisse rester habitable.
On a l’impression que pour beaucoup de responsables politiques, ce ne sont que des mots : le parlement peut bien voter des lois et l’administration élaborer des règlements, tout cela n’a aucune véritable importance. Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas – ou ne veulent pas comprendre – ce que « réchauffement climatique » veut dire. En 2015 lors de la COOP 21, un accord international sur le climat est validé par tous les pays participants, fixant comme objectif une limitation du réchauffement mondial entre 1,5 °C et 2 °C d’ici à 2100.
Or on sait aujourd’hui que cette barre de 1,5 degré sera franchie d’ici 2030. Mais on continue à se dire : bof ! qu’est-ce que c’est qu’un degré cinq, c’est presque rien en fait, ce n’est pas si grave, on peut bien faire des entorses et des concessions, ça ne change pas grand-chose.
Or c’est énorme ! Pour essayer de comprendre ce que cela veut dire, imaginons qu’il en est du corps terrestre, en tant que système global, comme du corps humain. Si on passe de 37 °C à 38,5 °C – juste un petit degré cinq en plus – on n’est déjà pas très bien, mais bon, on peut continuer à s’activer. Si on passe rapidement à 39 ou 40 °C, il vaut mieux rester couché pour attendre que ça passe. Sauf qu’en matière de climat, ça ne redescendra pas. Nous voilà donc au lit avec une fièvre de cheval (oui, gravement malades, comme les chevaux peuvent l’être – qu’ils soient de course ou pas). SI on dépasse sans discontinuer 40 degrés, on s’achemine douloureusement vers une mort prématurée. C’est la même chose pour le système Terre. Au-delà d’une certaine température, ce ne sera tout simplement plus vivable. Si le corps terrestre s’enfièvre, tout comme le corps animal, il finit par crever. On peut fermer les yeux, trouver que c’est angoissant (oui, précisément, ça l’est), si on continue à ne pas vouloir comprendre, on accélère et on aggrave le processus. Nier le danger ne le supprime pas, au contraire.

Seule une volonté politique massive pourrait nous permettre de limiter les dégâts. Il y faut du courage car le virage à prendre est raide et les mesures à mettre en place seront forcément impopulaires. Mais si les politiques sont les premiers à prolonger les entorses aux règlements ou à demander des concessions, on n’a aucune chance de conserver une planète habitable. Dans l’immédiat il y a déjà des engagements, des lois et des règlements qu’il faudrait respecter.
Il faudrait arrêter de produire tout et n’importe quoi avec comme seul justificatif la création d’emplois (et pour une extrême minorité l’objectif inavoué de profits). Il est urgent de s’interroger : des emplois pour quoi faire ? pour produire quoi ? avec quelle utilité ? Tant que nous n’aurons pas collectivement adopté ces réflexes de questionnement systématique, la fièvre du corps terrestre continuera à monter.

Il nous faudra bien un jour, de bon gré ou forcés, accepter de changer radicalement nos façons de vivre : habiter dans des logements plus petits, chauffer moins, laisser la voiture, cultiver bio, ne plus manger de viande rouge, abandonner les élevages industriels, arrêter d’élever des chevaux uniquement pour les faire concourir, ne plus utiliser le streaming et l’I.A., cesser de voyager, de consommer à tout va, de jeter, de gaspiller, … et ce ne sera pas forcément triste ! Toujours moins triste, en tout cas, que de mourir cramés. Car une chose est sûre : plus on tarde et plus ce sera difficile. Il nous faudrait réfléchir à reconvertir toute l’économie, inventer d’autres sources de revenus que le salariat et opérer une transition vers des activités non seulement utiles mais peut-être même strictement nécessaires, notamment en matière de préservation de l’eau, de souveraineté énergétique et de productions alimentaires. Si nous continuons sur notre lancée, très rapidement nous allons crever de chaud, au sens littéral de cette expression. Ce n’est pas une manière de parler. C’est véritablement ce qui nous attend : crever--de--chaud. Il serait temps de le comprendre et, collectivement, de ne plus faire aucune concession d’aucune sorte sur ce sujet.
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