Le coq est mort.
Le coq dort en général au sein du poulailler. Il n’est pas comme son ridicule sosie d’or empalé en haut du clocher. Il ne dort que d’un œil vissé sur l’horizon. Le coq se réveille dans la gloire de l’aube aux doigts de rose pour défier de son cri assassin ses méprisables imitateurs, en écho de loin en loin dans la campagne vallonnée. Mais si un coq rencontre un autre coq, ils ne se racontent que des histoires de haine farouche. Le combat est violent, court et époustouflant. Et le coq meurt. Ou bien l’autre coq, mais c’est pareil. Alors l’enquête commence. Qui a tué le coq ? C’est toujours la même question : « Qui a tué Davy Moore ? » Ce n’est ni l’arbitre scrupuleux, ni son adversaire toujours correct, ni son dévoué manager, ni bien sûr les spectateurs qui n’ont fait que payer leur place et fumer leur cigare. « Qui est responsable et pourquoi est-il mort ? » chantait Bob Dylan. Alors les journalistes font les comptes. Combien de coqs de droite contre combien de coqs de gauche ? Les injures répondent aux fausses nouvelles, les calomnies aux infamies. La propagande est en fleur. Les mains n’ont jamais été aussi propres, pire que pendant l’épidémie du Covid. Les consciences se lavent à la machine, programme court, pour ne pas abîmer les couleurs des drapeaux. Rouges ou noirs, ils déteignent singulièrement les uns sur les autres. Alors soyons certains que ceux qui ont tué le pauvre coq sont ceux qui l’ont fait coq. Un jeune, presque un enfant, à l’âge des passions et des amours frémissantes est une victime de choix pour les manipulateurs de l’ombre. Et l’ombre ne fait pas de politique. Ceux qui armaient ses jeunes bras sont les doublures de ceux qui ont armé les jeunes coqs qui l’ont tué. L’emprise sur ces virils infantiles est si facile qu’on peut leur faire chanter le Horst Wessel lied aussi facilement que « l’Internationale », ou leur faire hurler « Saint Georges-Saint Denis », « Allahu Akbar », « Vive l’Empereur » ou « Banzaï » sans qu’ils ne perçoivent de différence. Tous les puissants du monde ont su armer leur troisième ou leur quatrième couteau sans le moindre scrupule, comme ils violent les petites filles, sans y penser. Laissez nos garçons tranquilles ! Arrêtez d’en faire de stupides tueurs de coqs ou d’autres volailles ! Ils meurent comme ils tuent, au couteau, au sabre ou à la mitrailleuse. Hagards, ils s’entretuent, poignardent leur prof, leur voisin ou leur copine. Tous sont devenus des enfants-soldats d’une guerre qui ne leur appartient pas. Qui as-tué le pauvre petit coq et pourquoi est-il mort ?
| PARTAGER |


Laisser un commentaire