ENTRETIEN AVEC MATHILDE PERRICHON
L'écologie en acte
On connaît Mathilde Perrichon pour l'avoir vue, il y a quelques années, en couverture du Figaro Magazine (octobre 2019) où Coye-la-Forêt était cité dans un dossier consacré aux reconversions professionnelles de jeunes intellectuels, ayant "une bonne situation" comme on dit, qui, par conviction, basculent vers des métiers manuels, moins rémunérateurs, mais qui ont du sens.
Née en 1980, Mathilde a passé sa première enfance en Bourgogne. Elle se souvient du puits dans la cour, des poules en liberté, des légumes frais récoltés dans le potager, des escargots que sa grand-mère faisait dégorger et des moutons que son grand-père renversait sur le flanc pour les tondre... des gestes, un cadre de vie... L'installation de la famille à Survilliers a constitué un changement trop brutal, puis la venue à Orry-la-Ville un intermédiaire supportable entre la campagne et la grande banlieue parisienne.
Les années de formation
Plus tard elle est partie à Paris pour faire des études supérieures, en littérature (master 1) ensuite en communication (master 2). Puis elle se lance dans une carrière professionnelle, tantôt ici, tantôt ailleurs, à Caen pour la chambre d'agriculture de Normandie, au sein d'ISAGRI dans l'Oise, une société d’équipement des agriculteurs et éleveurs, puis pour La France Agricole, un organe de presse professionnelle du secteur. Dans ce cadre, elle fait beaucoup de rencontres, avec des ingénieurs agronomes, des personnes en reconversion en bio, des agriculteurs traditionnels et des ultramodernes...
Le retour aux sources
Mais au bout d'un moment, selon son expression, elle a le sentiment de "tourner un peu autour du pot". Elle a besoin de retourner à ses racines et se reconnecter à la nature. Donc elle prend un congé individuel de formation, passe un brevet professionnel de maraîchage bio, puis elle suit un cursus auprès de l'École des plantes de Paris, laquelle délivre un diplôme équivalent à l'ancien certificat d'herboriste (supprimé par Pétain en 1941, souligne-t-elle). Aujourd'hui Mathilde habite à Coye-la-Forêt où elle a fondé une famille ; depuis six ans, elle est "paysanne herboriste" au prieuré de Bray, à l'est de Senlis, et l'on peut trouver "Les Plantes de Mathilde", sous forme de tisane, dans toutes les bonnes épiceries locales.
Qu'est-ce qu'on va laisser à nos enfants ?
Mathilde a deux enfants de onze et trois ans. Elle ne cache pas qu'elle est très inquiète pour l'avenir des générations futures, vu les catastrophes qu’on voit se multiplier en Europe, en France et qui nous attendent ici aussi si nous n'agissons pas rapidement et avec détermination : le dérèglement climatique, les inondations, les glissements de terrain, les épisodes caniculaires, la forêt qui meurt... Aujourd'hui, avec notre niveau de connaissance, il n'est plus possible de douter et d’attendre les bras croisés. "On ne peut plus danser sur le Titanic" et ses propos sont empreints tout à la fois de colère et de désespoir.
Une gestion de bon père de famille, vraiment ?
Dans ce contexte, la gestion actuelle de la municipalité ne lui semble pas à la hauteur des enjeux, pire même : de la poudre aux yeux ! Il existe une expression consacrée pour parler d'une gestion prudente et "responsable", celle dont se targue notre maire actuel, c'est : "en bon père de famille". Mais maintenir un budget à l’équilibre, sans planification stratégique à long terme, est-ce véritablement agir en bon père de famille ? N’est-ce pas mettre une rustine sur un toit qui fuit ? L'attentisme peut finir par coûter... Précisément, Mathilde pense qu'un bon père de famille ne doit pas se satisfaire d'une gestion plan-plan au jour le jour et d'une vision à court-terme. Un "bon père" doit se soucier de ses enfants, et des enfants de ses enfants. Vous connaissez le principe amérindien de planification sur sept générations ? Nous devons penser aux générations futures, envisager l'avenir et s'y préparer, donc investir à long terme, comme par exemple, installer des panneaux solaires sur les bâtiments publics, planter des arbres par centaines, pas quelques arbustes isolés, pas arrosés, ni paillés et qu’on laisse mourir de soif... Bien sûr qu'une équipe écologiste et de gauche doit se soucier des finances publiques et avoir à cœur d'assurer une bonne gestion. C’est la base ! Mais échelonner un endettement lorsqu'il s'agit de faire des investissements utiles, durables, stratégiques, avec des actions planifiées, ce n'est pas irresponsable, au contraire, c'est une gestion de visionnaire et de stratège, et c’est ce qui nous fait cruellement défaut aujourd’hui !
Des réalisations citoyennes issues de l’intelligence collective
Mathilde est attachée à des valeurs : le travail, l'honnêteté (notamment intellectuelle), la droiture, la reconnaissance de ce que l'on doit aux autres, le respect des communs... Ce qui s’est fait à Coye-la-Forêt ces dernières années a trop souvent été réalisé à côté de la mairie, qui commence malheureusement par observer, voire freiner. L'idée économique et écologique d'une vaisselle partagée par l'ensemble des associations est partie de La Sylve et Convivialité ; certes, la mairie avait mis un placard à disposition, mais elle avait fait savoir qu'elle ne voulait pas s'en occuper. Idem pour les composteurs... Avant d’obtenir une contribution de la mairie, la crèche parentale « Chouette » a d'abord rencontré défaitisme et scepticisme. Idem concernant le plan de mobilité... L'AMAP a eu le plus grand mal à s'imposer avec des obstacles de la mairie régulièrement renouvelés depuis six ans. Chaque fois, c'est l'intelligence, l’énergie et la détermination collectives qui font avancer les projets. C'est cela qu'on a besoin de développer : impliquer les habitants dans la vie du village, créer du lien et cesser de gaspiller l'argent public en études coûteuses, alors que nous comptons parmi nous des ressources intellectuelles et des bonnes volontés !
Pouvoir rêver, voir loin et grand
On pourrait se fixer des objectifs ambitieux, qui fassent rêver, comme l’amélioration de la qualité de l’air sur plusieurs années, avec le schéma de mobilité, la végétalisation, la création d’îlots de fraîcheur contre les canicules, l’absorption des pluies violentes et rapides dans notre village en cuvette, ou encore l’optimisation de notre autonomie énergétique, la participation de Coye aux villes pilotes pour l’enfance et la petite-enfance, le rayonnement du festival théâtral, et pourquoi pas rêver de boire notre eau de source et se baigner dans notre rivière sans crainte – ça se faisait encore il y a quelques dizaines d’années. C'est à nous tous, collectivement, de prendre notre avenir en main !
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