Le carton ? pas meilleur que le plastique !
Bien souvent, après une réunion conviviale, qu'elle soit festive ou professionnelle, on est invité à s'attarder encore un peu pour boire "le verre de l'amitié". En janvier au moment des galettes des rois, les occasions sont multipliées. Alors que les mises en garde ont été répétées depuis de nombreuses années, on peut s'étonner qu'encore en 2026 le verre en question soit jetable, longtemps en
plastique et désormais en carton. Si vous en faites la remarque, on vous rétorque avec assurance que :
- 1) les vrais verres devront être lavés après usage et que ça entraînera une consommation d'eau et d'électricité ;
- 2) que les gobelets sont recyclables, et que s'ils sont en carton, c'est encore mieux puisqu'ils sont biodégradables.
Intuitivement j'ai tendance à répondre : la fabrication et le recyclage (à supposer que ce dernier ait lieu), l'emballage, le transport, la commercialisation des gobelets consomment beaucoup plus d'eau, d'une part, et beaucoup plus d'énergie d'autre part que ne le fera notre lavage de vaisselle après usage. C'est pareil bien sûr pour les serviettes et les mouchoirs en tissu, même repassés, (les mouchoirs en papier ne devraient n'être utilisés que lorsqu'on est malade). Idem pour les papier-torchons et quantités de choses que nous mettons à la poubelle après usage unique. Ça me paraît évident ! Mais il faut se méfier des évidences : c'est bel et bien la Terre qui tourne autour du Soleil et non l'inverse.
Alors qu'en est-il exactement, c'est-à-dire scientifiquement ?

Pour trancher ce genre de question de façon rigoureuse, il faut faire ce que l'on appelle une analyse de cycle de vie (ACV) du produit, c'est-à-dire un bilan environnemental multicritère et multi-étape, depuis l'extraction des matières premières nécessaires à sa fabrication jusqu'à sa fin de vie (mise en décharge, recyclage…), en passant par ses phases de transport, ,usage, entretien, etc. Les résultats peuvent être parfois contre-intuitifs. Une rapide recherche sur internet donnent les liens suivants :
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/hugo-clement-en-toute-subjectivite/hugo-clement-en-toute-subjectivite-du-mercredi-11-septembre-2024-2996750
Ce premier lien envoie vers une émission de radio très courte et très claire sur les paradoxes des gobelets en carton par rapport à ceux en plastique jetable (désormais interdits).
https://www.auum.com/post/gobelets-carton-vs-gobelets-plastique-analyse-de-leurs-impacts-environnementaux
Ce deuxième lien nous dirige vers un article où l'on apprend que, du point de vue eau et énergie, le gobelet en plastique est plus vertueux que le gobelet en carton. Incroyable, non ?
D'abord il faut savoir que les gobelets qui se présentent comme étant « en carton » contiennent en fait une certaine dose de plastique, sinon, ils ne seraient pas imperméables (il en est de même des briques de jus de fruit). Or le « recyclage » du plastique n'existe pas : soit il est brûlé, soit à la fin, il finit en microparticules dans les écosystèmes, éventuellement après avoir eu une seconde vie, en fibre textile par exemple. Et peut-être même est-il plus difficile de recycler un gobelet dont on croit qu'il est en carton pur qu'un gobelet dont on et sûr qu'il est en pur plastique. À voir...
Mais en plus, la fabrication du gobelet en carton consomme treize fois plus d'électricité et jusqu'à deux fois plus d'eau qu'un gobelet en plastique. Si on considère l'ensemble de son cycle de vie, il faudra consommer 152 cl d'eau. En comparaison, si on prend un lave-vaisselle domestique, on doit bien pouvoir laver une cinquantaine de verres, et ça consommerait une quinzaine de litres, soit 30 cl par verre.
En conclusion : que ce soit sur l'usage des ressources, sur les émissions de gaz à effet de serre (~ mesure de l'énergie), sur la consommation d'eau et sur la santé humaine, le réutilisable est clairement nettement mieux.
Globalement il n'y a pas photo : en dehors de la situation particulière de tel ou tel cas d'espèce, réutiliser, et réutiliser encore, le plus longtemps possible, plutôt que jeter, économise de la ressource et réduit la pollution. Il faut sortir de la logique du jetable ; évidemment, ça implique de bousculer des habitudes acquises (relativement récemment, et à grand renfort de stratégies marketing). Et bousculer des habitudes, cela demande toujours un effort. Tout argument visant à justifier de rester dans le confort de ses habitudes plutôt que de les changer est une tentative de trouver des justifications. C'est une façon de se voiler la face.
Au moins, les papier-torchons, les mouchoirs et les serviettes en papier, eux, sont biodégradables à 100 % en quelques semaines. Mais cela n'enlève rien au fond : il vaut toujours mieux une solution réutilisable qu'une consommation à usage unique.
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1 commentaire
Commentaire de: Marie-Louise Visiteur
Merci Jacqueline pour cette étude très précise et utile.
Mon souci est comment se passer de papier essuie tout ? Pour éponger des graisses par exemple, avant lavage ? s’ils sont dégradables, peut-on les composter ou les mettre dans la poubelle alimentaire, via le bio-seau?

