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Commentaire de: Jacqueline Chevallier [Visiteur]

L’homme de boue, ainsi s’appelait le spectacle théâtral qui nous était proposé. Le jeu de mots était osé quand on sait que les poilus passaient le plus clair de leur temps à courber le dos et à ramper. Souvent dans la boue. Soit.
Le comédien se démenait comme il pouvait pour lutter, à armes inégales, avec la vidéo qui était projetée derrière lui. Comment une metteuse en scène qui est censée aimer le spectacle vivant, en ce qu’il est unique, toujours dans l’ici et maintenant, comment peut-elle ignorer l’attraction à peu près irrésistible que provoque l’image animée ? Entre un être humain vivant, présent en chair et en os, et un écran, c’est l’écran qui gagne. N’avez-vous jamais observé ce phénomène quand il y a une télévision allumée dans une pièce, au café ou au restaurant, n’avez-vous jamais remarqué comment votre regard, même si vous êtes en bonne compagnie, est attiré vers l’image ? Donc c’est forcément desservir le comédien que lui imposer cette concurrence.
C’est faire bien peu confiance à ses propres capacités de mise en scène, c’est faire bien peu confiance au jeu du comédien, c’est faire bien peu confiance à l’art théâtral que de se croire obligé d’y adjoindre de la vidéo.
Ici c’était d’autant plus regrettable que les images étaient ineptes, tout comme la bande son d’ailleurs. Comment peut-on faire danser un poilu de 14 sur un air de sirtaki et projeter derrière lui des images anachroniques, laides et vulgaires comme de la publicité ? Quelle pauvre conception de la féminité et du fantasme amoureux que ces gros plans d’ongles laqués en vermillon ! Quel non-sens de projeter des images de grands vins versés dans des carafes quand le comédien chante la vinasse dont on abreuve le soldat pour l’anesthésier et lui permettre de monter à l’assaut ! Quelle absence de culture et quelle ignorance de l’Histoire : ces images modernes et stéréotypées non seulement ne servaient à rien, n’exprimaient rien, mais elle niaient cette vérité historique : la moitié des soldats dans les tranchées étaient des paysans, leurs femmes ne ressemblaient pas à des poupées barbie et leur seul souhait était de s’éloigner de l’enfer.

02.12.18 @ 19:36
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