Archives pour: Mai 2012
d’Alain-René Lesage
par le Théâtre de la Lucarne
Mise en scène : Claude Domenech
Le Festival se termine en comédie, de quoi mettre chacun de joyeuse humeur. Pourtant il n’y aurait pas de quoi. La pièce de Lesage présente un tableau très sombre du début du XVIII° siècle, une satire sans concessions de toute la société, des valets aux maîtres, bourgeois ou petits nobles. Mais les personnages sont caricaturaux – marionnettes qui s’agitent, mues par la cupidité – l’action est vive comme les reparties… et l’on en rit !
Dans le décor XVIII°, représenté par des paravents à végétaux et arabesques dorées sur fond gris et bordeaux, se détache en jardin une petite table claire, qui fait office de secrétaire et sur laquelle, à côté d’un bougeoir, s’alourdit une grosse bourse rouge et or … assortie à la robe de la dame qui en tient le cordon ! L’accessoire donne le la. Il sera ici question d’argent, et uniquement d’argent. Ni amour, ni amitié, ni générosité. Uniquement de la concupiscence, d’abord pour les biens matériels qu’on amasse, vole et cache, ensuite pour les femmes dont on lorgne les rondeurs. Le tout assorti de cynisme, de flagornerie, d’hypocrisie, de duplicité. Quelle liste ! A l’inverse des comédies de Molière, qui avaient aussi ridiculisé les fourbes, les arrivistes et les pingres, aucun des personnages de « Turcaret » n’attire la sympathie.
de Paul Claudel
par la Compagnie les Larrons
Mise en scène : Xavier Lemaire
C’est une cabane au bord de la mer, en Caroline du Sud, avec une petite fenêtre cachée par une planche. Des mousses s’y accrochent. Une balançoire attend les corps et se meut imperceptiblement. La lessive a été faite, des draps blancs sont étendus. Un ponton s’avance sur la mer, dont on entend le clapotis, et mène à une grande maison là-bas, qu’on ne voit pas, qu’on imagine. « Il est dix heures, et le soleil monte dans la force de sa cuisse. » Des insectes bruissent et la brume de chaleur enveloppe tout, la peau est moite.
Marthe, raccommode le linge posé dans son tablier, jambes écartées sous la jupe large, la petite paysanne venue de France avec Louis qu’elle vient d’épouser. Louis Laine est beau, nu, il s’enroule dans un linge blanc. Il rit. Elle laisse son ouvrage et le caresse, l’essuie. Sur la balançoire il s’allonge contre elle, elle l’étreint.
de Laurent Colomb
par la Compagnie Les Lucioles
Mise en scène : Laurent Colomb
FAUT-IL SAUVER LE LLLLANGAGE ?
Ou LE MEGAVOCABULOCIPÈDE
Six acteurs –des enfants en quête d’auteur (ou de père ?) - alignés sur la scène, ont joué Opéra langue de Laurent Colomb, comme en « version de concert » : le jeu frontal assumé met en valeur le mouvement intérieur, les désirs, les rêves et frustrations, mais aussi les fantasmes du philosophe ; la parole est relayée ou condensée, scandée ou déformée, tissée en une polyphonie complexe, et l’on admire les comédiens qui ont appris par cœur une telle partition.. Un travail considérable sur l’émission de parole, du souffle au mot, en passant par le cri sidérant, traduit spectaculairement la naissance du langage dans l’imaginaire Rousseauiste.
de Michel Garneau
Mise en scène : Marjorie Nakache
Histoires de femmes, histoires de famille, de violence, de sexe, de passion, d’amour, d’ennui, histoires de mères, histoires de filles, de petites filles, d’arrière-petite fille. Des histoires comme on en connaît tous, qui nous ont remués, qui nous troublent encore, qui nous font éclater en sanglots, qui ravivent la colère, la peur, la nostalgie, la curiosité, le chagrin de la perte.
La pièce de Michel Garneau, poète et dramaturge québécois, place le spectateur au cœur de nos émotions intimes. Les visages de notre fille, de notre mère et de notre grand-mère s’approchent avec les souvenirs qui leur sont liés, avec les paroles qu’on n’a pas dites, ou trop souvent répétées, avec l’amour qu’on a donné, refusé, reçu, ignoré, mendié. Une image de notre histoire est sur scène.
de Gérard Savoisien
par Atelier Théâtre Actuel
Mise en scène : Thierry Lavât
C'est un vrai moment de plaisir que cette pièce de théâtre où sont exaltés les jeux de l'esprit et la jouissance des corps, la vérité des sentiments et par dessus tout la liberté d'une femme exceptionnelle.
Après les liaisons dangereuses, voici, dans une toute autre tonalité, les liaisons éphémères !
Ici George (sans "s"), ce ne peut être que Sand, et Prosper, on le comprendra, c'est Mérimée. Lui, on n'en connaît pas grand chose : oui, certes, un écrivain du XIXème siècle... Qu'en ouverture de rideau il lise une lettre qu'il vient d'écrire, rien de plus naturel. Quant à elle – à qui la lettre est destinée – elle nous apparaît sous la forme d'une ombre chinoise derrière un écran, une silhouette, celle d'une femme – pantalons, canne et chapeau haut de forme – habillée en homme, bien évidemment.
D’après une nouvelle de Franz Kafka
par le Théâtre du Tournant et ID Production
Adaptation et mise en scène : Alejandro Jodorowsky
Vendredi 18 mai 2012, au théâtre de Coye-la-Forêt, un homme-singe tient le public en éveil durant 1h 10.
Il surgit de la salle obscure en claudiquant pour gagner la scène éclairée comme pour symboliser son passage de l’ombre à la lumière.
L’acteur Brontis Jodorowsky, en costume d’académicien, chapeau noir et cravate parme, conserve un faciès et une démarche simiesques.
La pièce, Le Gorille est une adaptation par Alejandro Jodorowsky d’une nouvelle de Kafka, Communication (ou Rapport) à une Académie publiée en 1917 dans la revue: Der Jude (le Juif). Le texte semble une inversion de La Métamorphose parue quelques années auparavant. Dans l’une, l’homme régresse à la condition animale en se transformant en insecte immonde, dans l’autre, l’animal sauvage s’élève à la condition d’homme.
d’après Edmond Rostand
Par Viva La Commedia
Mise en scène : Anthony Magnier
La prestation équestre des « Attelages de Coye » devant le Centre culturel, assurée par une élégante cavalière sur cheval blanc, était un prélude bien choisi aux aventures du Cyrano d’Anthony Magnier, une entrée dans le XVII° siècle - revu par Edmond Rostand - où les précieuses s’éprennent des brandisseurs d’épée qui galopent d’un duel à l’autre et partent à la guerre en chantant.
Le Centre culturel est comble, les spectateurs impatients d’entendre les tirades et les vers fameux – le nez, la ballade du duel, la scène du balcon…– de ce personnage auquel tant de comédiens ont déjà prêté leur voix depuis Coquelin, qu’ils s’appellent Daniel Sorano, Gérard Depardieu ou Jean Piat. Et le public est entré dans le jeu, a suivi pendant près de trois heures cette histoire d’amour sur fond de duels et de guerre, entraîné par des comédiens fougueux et une joyeuse mise en scène.
d'après William Shakespeare
par Comédiens et Compagnie
Mise en scène : Jean-Hervé Appéré
Quelle étrange sensation de se retrouver dans la position du spectateur qui découvre ce que l'on connaît soi-même par cœur...
Quelle étrange sensation de voir dévoilé ce qui d'habitude n'est qu'entendu des coulisses...
Quelle étrange sensation de se voir jouer par une autre comédienne les personnages que l'on a créés...
Quelques scènes pour rentrer dans le vif du sujet et oublier le texte qui revient tout seul à la mémoire, se laisser guider par les personnages, embarquer par l'intrigue et bercer par le son des cornemuses, flûtes et autres tournebouts...
d'André Benedetto
par la Compagnie Jean-Claude Drouot
Mise en scène : Jean-Claude Drouot, assisté d'Elise Charpentier
Hasard de la programmation : c'est la troisième pièce depuis le début du festival où l'on retrouve ce couple traditionnel du théâtre, le roi et son fou. Le roi, souvent tyrannique, détenteur de tous les pouvoirs, est accompagné de son fou, qui ne possède rien, mais dispose de la liberté de parole ; le fou est le seul, sous le masque de la légèreté et de la fantaisie, à pouvoir impunément faire des reproches à son maître ; tout en pirouettes, il égrène des paroles de sagesse lorsque le monarque dépasse les bornes et tombe dans la démesure, comme souvent les monarques.
de Xavier Dürringer
par la Compagnie du Caméléon
Mise en scène : Christophe Luthringer
Gus et Léa se rencontrent dans les reliefs d’une fin de concert rock. Lui espère trouver dans débris un mégot marqué de rouge à lèvres, un parfum de femme… Elle cherche une gare pour dormir. Gus l’invite dans sa cagna, subjugué, aux petits soins. Léa s’émerveille : le pauvre logis lui semble un palais. Il y a même un magnétophone et toute la musique qu’elle aime. A deux voix ils se rappellent leur rencontre, comme tous les vieux couples qui se souviennent. « Moi, je me disais… » « Mais non, ça c’est pas passé comme ça… » Le bonheur tranquille n’a qu’un temps. Un jour, l’appel du rock’n roll est le plus fort. Léa, qui ne sait pas encore qu’elle ne peut plus se passer de Gus, reprend son sac pour suivre la tournée de leur rockeur fétiche, Jeff Bailey. Pour Gus, pas question de la perdre : il plaque le minable boulot de laveur de voitures qui leur assurait le bifteck et l’accompagne.
d'après Choderlos de Laclos
par RMG Prod et Courant d'Art Prod
Mise en scène : Régis Mardon
La grande tradition du théâtre vivant tel que nous l'aimons a, une fois de plus, conquis les spectateurs du festival théâtral venus nombreux découvrir un classique de la littérature " Les Liaisons dangereuses " roman épistolaire de Choderlos de Laclos. Cette représentation résume avec justesse le jeu de libertinage où l'on voit évoluer le redoutable Valmont et la délicieuse Madame de Merteuil se livrer a une compétition amicale mais néanmoins cruelle. Quatre femmes, Marie Delaroche, Guylaine Laliberté, Eloïse Auria, Maria Laborit et un homme, Michel Laliberté, cinq merveilleux comédiens, ont offert, grâce à leur jeu subtil et convaincant, un panorama assez large des mœurs d'une aristocratie en voie de disparition : la Révolution française étant en marche.
De Pedro Calderon de la Barca
par le Théâtre de la Lucarne
Mise en scène : Claude Domenech
Un roi isole son fils que les augures destinent à être violent et sanguinaire s’il règne. Sacrifice quasi biblique. Voyant sa fin venir le roi lève cette sanction sous condition : le fils saura-t-il régner sans violence sous peine de retour dans la tour ?
L’homme est il prédestiné, sa vie est-elle écrite dans le ciel, les étoiles, ou ailleurs ? L’homme peut-il lire cette destinée, en modifier le cours par le rêve peut-être, ou n’est-il là, pantin, que pour en dérouler le texte ? Sa croyance aveugle en son dieu « destinée » ne le conduit-elle qu’à provoquer la réalisation de cet oracle ? Sa lecture des astres ne le conduit-elle qu’à se soumettre à une volonté extérieure statique, puissante, modulable selon sa lecture humaine du moment, lecture qu‘il se croit imposée par son destin ou qu’il s’impose ? L’homme a-t-il perdu son libre arbitre ?
Le roi aveuglé par la lecture des astres se soumet à leur dictature jusqu’à cette lueur de lucidité, début ou fin de son songe, qui le fera, pour défier le cours du temps, mettre en doute ce dieu tout puissant.
Inauguration du Festival 28 avril 2012
Premier acte : ce samedi-là, dans le calme des vacances scolaires, les amis du Festival, les invités et les curieux étaient venus nombreux au Centre Culturel pour découvrir les spectacles du 31ème Festival théâtral présentés par l’équipe de programmation. Ils ont été défendus avec tant d’enthousiasme qu’il était encore bien difficile de faire son choix à l’issue de la présentation! Du grand classique à l’audacieuse création poétique, bien des genres sont au rendez-vous de cette 31ème édition. Les débats qui sont proposés après certains spectacles promettent d’être animés.
Résultats du 2nd tour à Coye-la-Forêt : Nicolas Sarkozy perd 4 points par rapport à 2007
publications, communiqués, Elections Réagir »Elections présidentielles 2012


Jean-Jacques Rousseau commenté par Ollivier Pourriol
Suivi de Les surprises du 1er festival Art Nature

Samedi 21 avril, Coye-la-forêt a fêté le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Pour commémorer l’événement et dans le cadre des manifestations soutenues par le Conseil général, Agnès Bouchard avait choisi une présentation intéressante et originale de l’auteur du Contrat social. Avec l’appui de la Médiathèque départementale et de Jean-Raphaël Rondereux – devenu un familier des « soirées de la bibliothèque » - la bibliothécaire de Coye-la-forêt a accueilli un hôte de marque, Ollivier Pourriol, agrégé de philosophie, romancier, essayiste et chroniqueur bien connu, pour traiter de la philosophie politique de Rousseau en l’illustrant d’extraits de films.













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