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L’HOMME ET LE PȆCHEUR

Posted by Marie Louise on 03 Jun 2024 in Festival théâtral
L’HOMME ET LE PȆCHEUR

De Jean-Marc Castella, Ciro Cesarano et Fabio Gorgolini
Par Ciro Cesarano et Paolo Crocco
Cie Teatro Picaro

Faire un tour aux étangs, ça fait du bien, on peut méditer... L'eau, les canards, le silence...

L’HOMME ET LE PȆCHEURMais, curieuse rencontre ce jeudi. Un pêcheur sur un ponton, figé dans sa posture de guetteur de poissons et à côté de lui un bonhomme agité qui se démène avec une corde passée autour du cou et une pierre qu'il peine à soulever.
Vu le costume du plus grand – Paolo Crocco, beau, élancé dans un habit noir, impassible et raide sur le tabouret de pêche – et vu les hésitations du plus petit, Ciro Cesarano, qui regarde l’eau de l’étang à ses pieds en tenue négligée du travailleur moyen, je me dis qu'il n'y a rien à craindre et que cette mise en scène n'annonce rien de tragique.

L’HOMME ET LE PȆCHEUREffectivement, c'était pour de faux, la noyade.
Car avant d'être mort, on affronte la vie et toutes les occasions dangereuses où la mort nous regarde, une chasse ou une tempête en mer, un coup de fusil ou un naufrage. Et les situations les plus variées défilent devant nous sur le ponton, telles que les projettent les rêves ou l’imagination des deux hommes. Le scénario est rythmé, à chaque pas on risque le pire quand le vent de la tempête fait claquer les voiles du radeau ou que la meute des chiens de chasse nous cerne. Savions-nous que vivre est dangereux ? Les comédiens puissants, présents, expressifs, convaincants nous entraînent dans la folle aventure de la vie.

L’HOMME ET LE PȆCHEURUne soirée burlesque, rieuse, qui agite par l'absurde et la comédie les grandes questions qui nous traversent – à quoi sert la vie, est ce que j'ai une âme, est-ce qu'un dieu, et lequel, me sauvera de la mort, où irai-je après la mort ?
La pièce propose des options… Résister, s’enfuir, se jeter dans l’étang… Mais d’abord se réjouir d'être là ensemble au théâtre pour vivre un moment joyeux avec un texte drôle et vif, riche en jeux de langage, porté par des comédiens-clowns qui viennent d'Italie avec dans leurs bagages la commedia dell’ arte et Carlo Boso.
Dans ces conditions comment ne pas trouver que la vie est belle ?

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L’ÉCHAPPÉE

Posted by Catherine Jarige on 03 Jun 2024 in Festival théâtral
L’ÉCHAPPÉE

de et avec Philémon Vanorlé
Assistante mise en scène : Marine Fontaine
Compagnie Société Volatile

Spectacle performance en 2 volets

Un mot en guise de faire part

Qu’est-ce qui pousse Philémon – tout à la fois auteur, acteur, artiste contemporain, victime de sa créature et père de famille – à concevoir l’impossible cercueil en Y ?
Qu’est-ce qui motive Patrick retraité actif, surtout dans la collection d’utilitaires restaurés – à l’acquérir sur le Bon coin (tous droits réservés) ?
Non mais, qui est le psychopompe dans cette histoire ? Philémon ? Patrick ? Le cercueil provocateur lui-même ?

Cercueil, tu fais le buzz, te voilà même un mème, puis un rêve de funérailles majestueuses pour Patrick! Tu as commencé Oeuvre en 2014, continué truc encombrant puis explosé en multiples avatars et flots de discours et d’interprétations. Finalement tu reviens à la case départ, sauf que nous voilà en train de parler de toi : c’est une nouvelle vie grâce au théâtre…Tu nous en mets plein la vue.
Une vraie odyssée. Se poursuivra-t-elle après la mort de tous les protagonistes? Mais non, elle finira, comme tout ce qui est humain, dans la poussière et l’oubli.
En attendant, réfléchissons à bien réussir notre sortie.

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Vanitas vanitatum et omnia vanitas

Posted by Jacqueline Chevallier on 31 Mai 2024 in Festival théâtral
Vanitas vanitatum et omnia vanitas

Décidément j'aime bien l'humour des Belges !

Mercredi, Philémon Vanorlé (déjà rien que ce prénom, Philémon, à nous emmener rêver sur le A, ou plus exactement sur le Y) nous racontait l'histoire parfaitement inimaginable d'une rencontre entre deux folies, celle d'un plasticien qui fabrique un cercueil bizarroïde dont il ne sait que faire et celle d'un collectionneur de véhicules utilitaires qui retape un vieux corbillard hors d'usage. Et que cette rencontre se fasse à l'endroit le plus invraisemblable – et le plus prosaïque – qui soit, à savoir sur "Le bon coin", voilà qui relève quasiment du fantastique ! Une histoire pareille, on l'inventerait, on n'y croirait pas !

Vanitas vanitatum et omnia vanitasJ'ai trouvé très drôle l'histoire en elle-même et cette réflexion d'abord sur les sépultures et leur vanité, ensuite sur l'art contemporain, et son inanité souvent : Qu'est-ce qu'une œuvre d'art ? Une œuvre n'est rien si on n'en parle pas, et à l'inverse l'objet le plus trivial devient œuvre d'art dès lors que par le discours on l'érige à ce rang. cf. Duchamp. L'art moderne ne vit que du battage qu'on fait autour des "œuvres". Il est clair que Philémon aimerait bien acquérir la notoriété de Marcel.

Tout est drôle, décalé, subtil dans le propos : déjà pour commencer se présenter en bermuda pour faire une conférence, c'est pour le moins insolite ; rester immobile en silence, quasiment en méditation, au lieu de rechercher tout le temps l'agitation, voilà qui est paradoxal quand précisément on démontre que c'est l'excitation des médias qui fait émerger l'œuvre. Était carrément hilarant l'accouplement improbable du cercueil en Y de Philémon Vanorlé et celui de Madame Récamier imaginé par Magritte, ce qui place l'ensemble du spectacle sous le signe du surréalisme.

Vanitas vanitatum et omnia vanitasLe plus étrange dans ce spectacle, c'est qu'il est impossible de savoir si l'artiste, là devant nous, prend lui-même son discours au sérieux, puisqu'il est précisément en train de nous démontrer la vanité du monde de l'art moderne, qui parle pour ne rien dire alors qu'il faudrait savoir se taire.
À la sortie, j'entends quelqu'un protester : « Ce n'est pas vraiment du théâtre » ou peut-être même « ce n'est vraiment pas du théâtre ! ». Et voilà que "ça", ce à quoi nous venons d'assister, pose une autre question : qu'est-ce que le théâtre ? Le fait que quelqu'un de vivant vienne devant nous, sur une scène, nous raconter une histoire – une histoire qui nous amuse, qui nous émeut, qui nous fait réfléchir, ou tout aussi bien qui nous ennuie à mourir – est-ce que cela suffit à faire du théâtre ? Le théâtre est éminemment divers, ce festival le démontre abondamment, car d'un jour au lendemain on assiste à des spectacles tous très différents et souvent inclassables. En quoi et pourquoi « L'échappée » serait moins (ou tout autant ?) du théâtre que « Shahada », par exemple ? Est-ce que le spectateur n'est pas coparticipant de la construction du spectacle ? N'y met-il pas beaucoup de lui-même ? On me demande : pourquoi l'acteur se promène-t-il autour de la scène avec sa valise à roulette, ça n'a aucun sens ! À quoi je réponds : pourquoi chercher un sens puisque tout cela est absurde ? Ou alors, si le non-sens est trop insupportable, le sens, il faut le chercher en soi-même. Car enfin quel est le sens de la vie ? La vie a-t-elle un autre sens que celui que chacun lui donne ? Et la mort alors ?

Vanitas vanitatum et omnia vanitasSubsidiairement : Sans doute l'artiste n'a-t-il pas connu mai 68 à Paris ; tous les jours de nouvelles affiches de sérigraphie par pochoir sortaient de l'atelier populaire de l'école nationale des beaux-arts. Certains se souviennent de la première, représentant De Gaulle levant les bras au ciel avec cette mention : « La chienlit, c'est lui ! » (https://histoire-image.org/etudes/mai-1968-antigaullisme). Plusieurs mois plus tard, en novembre 70, un autre dessin humoristique a été placardé sur les murs : il représentait un cercueil en forme de Y, avec les employés des pompes funèbres pestant de ne pouvoir le faire passer entre les colonnes du Panthéon et s'écriant : « Il nous aura emmerdés jusqu'au bout ! »

Ainsi , n'en déplaise à Philémon Vanorlé, ce n'est pas lui qui a inventé le cercueil en Y. Il reste à réaliser celui en forme de X où le mort aura les deux bras et les deux jambes écartés. Pour y enfermer l'homme de Vitruve, peut-être ?

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DÉTOURS ET AUTRES DIGRESSIONS

Posted by Marie Louise on 30 Mai 2024 in Festival théâtral
DÉTOURS ET AUTRES DIGRESSIONS

Texte, mise en scène, conception et jeu : Eve Bonfanti et Yves Hunstad

Je ne suis ni écrivain, ni écrivaine, mais j'ai l'audace de bien m'installer pour écrire. Me voici dans mon fauteuil rouge attendant la comète qui déclenchera l'inspiration. Elle est parfois longue à venir. Travail très pénible car les relectures provoquent des angoisses : est-ce que ce mot convient ? Est-ce que cette phrase est bien placée, bien construite, utile, un peu molle, mélo...? Je n'ai plus d'idées...je reprendrai ce soir…etc.

DÉTOURS ET AUTRES DIGRESSIONSPause, je revois Eve Bonfanti et Yves Hunstad hier soir sur le plateau aux prises avec l'inquiétude de la représentation et des imprévus qu’elle génère.
Au début, je me sentais un peu angoissée en voyant les deux comédiens hésiter, s'arrêter, se parler à voir basse, s'interrompre. La lumière était encore dans la salle. Que se passait-il? Avaient-ils des "trous"? Est-ce qu'on allait dans le mur avec eux? Bientôt on nous dirait de rentrer chez nous...

Mais non, c'était "pour de faux". Ah! Quel soulagement ! On pouvait donc rire librement, le faux était du vrai. Le faux était le spectacle que nous venions voir ce soir. Alors peu à peu on s'est envolés avec jubilation dans les méandres de l'imagination à l’œuvre pour la création d’un spectacle, d’un livre, d’une pièce de théâtre… On a joué le jeu, voyagé entre représentation – avec apparition du personnage dans les nuages, ou du chien invisible qui mange du sucre en poudre sur le tapis – et balbutiements de deux comédiens qui répètent ou plutôt qui tentent de répéter. Des comédiens vraiment pas sûrs d'eux, interrompus par le téléphone, qui pour un oui ou pour un non changent de direction, décident de jouer la scène 8 avant la scène 5, qui se trompent de page – Fred le régisseur est affolé –, ou modifient le scénario.
Magnifique voyage sur un fil, allers et retours incessants entre les comédiens et leurs personnages. Quand représentent-ils des personnages, quand se représentent-ils eux-mêmes en train de jouer leurs personnages ?

DÉTOURS ET AUTRES DIGRESSIONSLa traversée par les « détours et digressions » se fait dans et par le rire. Il s'entend aux quatre coins dans toute la salle et s’épanouit pendant plus d’une heure. Amusant, d’ailleurs, d’entendre la variété des rires… du gloussement à l’éclat en passant par l’étouffé. Nous rions librement, sans frein, des comédiens, de leurs erreurs, de leurs (fausses) hésitations de débutants et de leurs maladresses, des jeux de langages, quiproquos, jeux de mots subtils, qui n’ont l’air de rien et qui pourraient passer inaperçus tant ils sont discrets.

Les spectateurs n’ont pas été discrets dans leurs applaudissements, un tonnerre qui n’en finissait pas de rouler, et les rires qui se poursuivaient, les sourires sur les visages qui gardaient encore l’empreinte de la fête en quittant la salle. Heureuse soirée…

 

DÉTOURS ET AUTRES DIGRESSIONS

 

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PUNK.E.S

Posted by Marie Louise on 29 Mai 2024 in Festival théâtral
PUNK.E.S

Texte de Rachel Arditi et Justine Heynemann
Mise en scène de Justine Heynemann
Sur scène : Rachel Arditi, Charlotte Avias, James Borniche, Kim Verschueren, Salomé Diénis-Meulien, Camille Timmerman

J'avais entre 12 et 15 ans quand « Rock around the clock » de Billy Haley a déferlé dans la cour de récré. Passé 30 ans le rock punk des Clashs "Should I stay or should I go" égayaient mes soirées de prof qui corrige ses copies...
PUNK.E.SAlors quand est apparu sur la scène du Festival le groupe des punk .e.s, tout le passé a jailli dans le grincement électrique des guitares, dans les voix des filles qui transperçaient la salle. Cinq filles – dont quatre balancent la musique – et un garçon, pour faire revivre le premier groupe de punk féminin, les SLITS – les fentes – tel qu’il s’est formé en Angleterre en 1976.Il faudrait dire aussi six comédien.ne.s. Car nous étions au théâtre avec des artistes jeunes qui savent tout faire, écrire et dire un texte, jouer d’un instrument, créer un personnage et chanter. Ce fut une soirée pétillante, furieuse, déchaînée, gaie, explosive….
PUNK.E.SSur scène, des échafaudages, on est dans un univers précaire, industriel, pas beau. Les comédiennes en jouent et s’y agrippent, s’y cachent pour surprendre et bondir, elles sont chez elles. Ces filles si jeunes, elles veulent se faire entendre et s’opposent, elles revendiquent une place de rockeuse, de punke, de chanteuse – la vie ne leur fait pas de cadeaux –, elles foncent dans leurs costumes colorés, déguenillés, collants déchirés, petite culotte rouge, robes de voiles, tignasses hirsutes, et on les suit, on adhère, on les aime comme ça. On est entraînés dans leur folie musicienne.

PUNK.E.S


Alors, à Coye-la-forêt, on a offert une ovation aux SLITS – et à Rachel, Charlotte, James, Salomé, Kim et Camille. Tout le monde debout, applaudissements frénétiques. Merci pour l’échappée et l’audace, pour la joie et la liberté, pour la musique. On était à deux doigts de faire valser les fauteuils !

PUNK.E.S

 

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Jeudi 23 mai Butterfly : l’envol

Posted by Benoît D. on 28 Mai 2024 in Festival théâtral
Jeudi 23 mai Butterfly : l’envol

Leslie Menahem nous a donné jeudi 23 mai à Coye-la-Forêt « Butterfly : l’envol », relecture contemporaine de l’opéra de Puccini « Madame Butterfly », créé il y a 120 ans. Elle a retenu une trame résumée de l’opéra, le spectacle passant de deux heures et demie à une heure. Sur scène six excellents artistes sont tour à tour comédiens, musiciens, chanteurs. Tous vêtus de blanc, dans un décor stylisé évoquant les toriis des temples japonais, ils racontent en récitatifs, airs et intermèdes musicaux le destin tragique de cette très jeune japonaise du XIXe siècle, épousée puis abandonnée par un officier américain, ne retrouvant son honneur perdu que dans la mort qu’elle s’inflige. Céline Laly (soprano) chante avec brio Ciocio-San (Madame Papillon) et d’autres mélodies illustrant l’histoire, sa servante Suzuki (Laura Segré) est la narratrice d’un récit non dénué de critique féministe. Les musiciens, clarinettes, violon, basson et contrebasse, accompagnent les parties chantées et créent en continu une pertinente bande-son ponctuant le déroulement de l’intrigue. L’histoire avance vite, la fin arrivant presque trop vite. Là où Puccini cultive l’émotion (c’est le principe de l’opéra) faisant des spectateurs les témoins contemporains de cette triste affaire, « Butterfly : l’envol » joue plutôt sur une certaine distanciation, comme si le temps passé avait érodé la charge émotive de l’histoire pour la sublimer en parabole féministe.

Jeudi 23 mai Butterfly : l’envol


Pour aller plus loin sur l’opéra de Puccini, on peut voir sur YouTube Mia Mandineau, jeune soprano montpelliéraine en pleine ascension de son talent (actuellement étudiante à New-York) et désopilante autrice du blog L’opéra et ses Zouz, qui aurait sans doute apprécié « Butterfly : l’envol ». Elle a résumé à sa manière à deux reprises Madame Butterfly :

3’48’’ 2024 version courte tournée à New-York Chinatown


9’31‘’ 2021 version longue

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LA TROUÉE, road-trip rural

Posted by Marie Louise on 26 Mai 2024 in Festival théâtral
LA TROUÉE, road-trip rural

De et par Cécile Morelle
Mise en scène : Cécile Morelle, Chloé Duong, Edouard Pleurichard
Cie Le Compost

A notre entrée la terre est là, sur le plateau. Un beau tas, d'une terre bien brune. Ce n'est pas un décor, ni un accessoire.
LA TROUÉE, road-trip ruralElle est là pour être empoignée, étreinte, creusée, projetée, pelletée. Elle est le matériau dans lequel on s'enfouira - Cécile, et nous avec elle - pour retourner vers l'enfance, le pays, le coin, la route, le chemin qui ne s'oublie pas. Elle est notre héritage, ce qu'on emporte, ce qu'on garde avec soin ou ce qu'on traîne lourd comme un fardeau. Elle est la glaise dont on a été fabriqué.
Et c'est avec elle qu'on vit pendant une heure et demie de représentation.

Pour l'empoigner il faut de la force, des ressources. Il faut l'énergie et le talent de Cécile Morelle. Car enfin, elle a d'abord enquêté dans les campagnes, les fermes, les plaines de Picardie, elle a parlé aux femmes qui y ont fait ou y font encore leur vie, elle s'est souvenue de sa grand-mère Madeleine, tout entière dans sa tâche d'éleveuse, de fermière, d'agricultrice comme on voudra dire.

LA TROUÉE, road-trip ruralDe ces témoignages de vie, elle a fait le socle de son écriture. Elle s'y appuie pour jouer. Il est suffisamment solide pour maintenir debout ses personnages. Son amie Éloïse dans sa cuisine moderne avec hotte et lambris de pin, Ciara l'Italienne qui étend les couches du bébé au soleil, les chasseurs qui lui crachent au visage, le pépé qui marmonne, pisse et crache, maltraite Madeleine, la grand-mère qui travaille du matin au soir, dans sa blouse toujours la même. Première pour la traite, pour retourner la terre, pour nourrir, porter les seaux, faire des enfants, planter, bêcher....

Oublié, notre centre culturel bien propret. On est avec Cécile sur le plateau plein de terre.
Pas de misérabilisme ni d'apitoiement. Juste une force à l'œuvre. Un entrain, une voix qui transportent. Des surprises aussi, joyeuses et poétiques, comme les lignes de terre sur un tableau blanc qui dessinent la plaine immense de Picardie...

LA TROUÉE, road-trip rural

Exceptionnelle, cette soirée... Je m'en souviendrai.

Il y a des années parfois qui nous font cadeau d'un spectacle, d'un comédien ou d'une comédienne. Ils deviennent les repères dans le long parcours de 43 ans de Festival. Cette Trouée dans la terre de l'enfance en sera un, comme le sont encore pour moi la soirée Buster Keaton, avec Yves Prin au piano, si je me souviens bien, les Cavaliers d’Eric Bouvron, Le Porteur d’histoires d’Alexis Michalik, L’apprentie sage-femme avec l’inoubliable Nathalie Bécu, le Misanthrope (vs Politique) de Claire Guyot… Les autres, je ne les oublierai pas bien sûr.

LA TROUÉE, road-trip rural
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BUTTERFLY (L’ENVOL), de Leslie Menahem

Posted by Ghislaine Antonin-Bockhoff on 24 Mai 2024 in Festival théâtral
BUTTERFLY (L’ENVOL), de Leslie Menahem

Collectif La Boutique

Jeudi 23 mai nous assistons à la représentation de « Butterfly, l’envol », œuvre théâtrale et musicale librement adaptée par Leslie Menahem, de l’opéra de Puccini, BUTTERFLY (L’ENVOL), de Leslie Menahem« Madame Butterfly ». Six interprètes (un quatuor de musiciens – violon, clarinette, basson et contrebasse), une comédienne et une soprano – Cécile Laly) ont une présence magique sur scène et conjuguent avec élégance et subtilité musique et texte.
Une conteuse, Laura Ségré, omniprésente, raconte l’histoire de sa maitresse, une geisha japonaise sacrifiée sur l’autel de l’amour. Mariée à un officier de marine américain, elle est abandonnée, elle et son enfant. Le bel Américain ne revient que des années plus tard chercher l’enfant sans la mère.

BUTTERFLY (L’ENVOL), de Leslie MenahemLa scénographie sobre, élégante est particulièrement réussie : formes blanches de cercles ou d’un branchage stylisé sur le noir du fond de scène, blanc immaculé des costumes traditionnels, pureté des voix, notamment celle de la soprano. Les musiques anciennes et contemporaines se mêlent harmonieusement ou s’entrechoquent, créant une dissonance volontaire. La musique de Puccini alterne harmonieusement avec Gershwin et Barbara.
Le tableau souvent groupé des interprètes au pas léger, en kimonos blancs, contribue à la beauté du spectacle. L’ensemble est d’une esthétique raffinée comme si chacun participait au drame intérieur et à la douleur d'une femme abandonnée, pétrie de dignité.

BUTTERFLY (L’ENVOL), de Leslie Menahem

Cette pièce, une fois encore à travers l’Histoire, illustre la désinvolture et le cynisme de l’Occident qui transgresse les lois et les coutumes ancestrales d’un Orient figé dans ses rites.

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Au Bonheur des vivants

Posted by Marie Louise on 23 Mai 2024 in Festival théâtral
Au Bonheur des vivants

De et par Julien Lubek et Cécile Roussat
Compagnie Les Âmes nocturnes


Être vivant, c'est d'abord savoir que l'on a un corps et qu'il bouge, qu'il se réjouit, s'étire, s'allonge, escalade, s'agrippe, se détend, bondit, se casse... Être mort c'est être sans mouvement, ne plus sentir son corps.
Au Bonheur des vivantsJulien Lubek et Cécile Roussat nous font nous sentir vivants, sentir les mains qui s'envolent, voir les phalanges qui se plient, nos jambes qui s'écartent, l'articulation qui craque, le cou qui se tourne... Leur spectacle est un magnifique hommage au corps, à la vie du corps, à ses capacités inouïes. Il est donc un peu inutile de dire qu'ils sont de merveilleux acrobates. Pas comme l'acrobate gymnaste qui veut la perfection du mouvement académique, mais plutôt celui qui invente le mouvement, même disgracieux, tordu, à l'envers.
Au Bonheur des vivantsAlors ils vont jouer pour nous de leurs corps. Comme les enfants, ils jouent aussi avec les cartons, les tiroirs, les murs ; ils se cachent, disparaissent, créent la surprise en réapparaissant là où on ne les attend pas. « On dirait qu'on pourrait disparaître...on dirait qu'on serait mort, on dirait qu'on serait une vamp qui fume et déambule, ou qu'on aurait un bébé qui, sans transition, hurle et sourit... On dirait qu'on irait sur la Lune... »Tout est jeu, création d'une imagination débridée. Les objets sont de la partie, la plume qui ne veut pas écrire et revient dans l’encrier, le livre qui s’enflamme, le bouton du poste de radio qui devient rouge et brûle quand les nouvelles sont très mauvaises…

Au Bonheur des vivants

Ajouter le rire, car ici rien n'est sérieux, les comédiens nous viennent de Charlot, celui qui danse et fait volte-face, qui court, veste au vent, fait tourbillonner sa canne, offre une fleur ou se cache du gendarme. On n'est pas dans une compétition de gymnastique, on est dans le baroque, dans le délire de l'imagination, de la fantaisie, du loufoque et du joyeux.
Petits et grands, on ressort de là vraiment vivants et contents !

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C’est un peu court, jeune homme !

Posted by Olivier Manceron on 21 Mai 2024 in Tribunes Libres
C’est un peu court, jeune homme !

Ah, les hommes ! Je crois que je n’aime pas les hommes. J’ai de plus en plus de mal à les supporter. Le pire travers que j’ai à leur reprocher, c’est leur manque de goût pour les femmes. Du coup, leurs conversations, leurs beaux discours, leurs livres et leurs films, je n’y arrive plus. Après les récits de leurs exploits sportifs ou de leurs déboires mécaniques, leurs confidences finissent sur les femmes. Enfin, sur leur appétit de la chose. Leur préoccupation première est d’obtenir de moi une connivence normative identitaire. Les « blagues salaces » font acte de fraternité. C’est comme pisser debout. Ah, décidément je n’aime pas les hommes ! Mais me direz-vous, c’est un peu court, jeune homme ! Vous auriez pu dire bien des choses en somme. Amical : si vous aimez les femmes, soyez attentif à ne pas trop leur tirer les tifs. Descriptif : le plus court chemin pour aimer les femmes, commence par la vôtre. Curieux : faire l’amour, se résume-t-il à fourrer votre sexe à l’intérieur de quelqu’un ? Truculent : à ne jouir que de fendre leurs douces rotondités, faut pas vous étonner d’en pourfendre la moitié. Prévenant : prévoyez en les aimant de ne pas leur briser les dents. Pédant : votre éternelle concupiscence connaîtra-t-elle un jour son obsolescence ? Cavalier : préférez le trot quand vous les montez, le galop, elles ont pas l’air d’apprécier. Emphatique : si la foi se mesure à la taille du clocher, vos folles architectures ont l’allure de vos envies de baiser. Dramatique : votre façon d’aimer assassine la moitié de l’humanité. Admiratif : En vous étripant joyeusement au soleil des batailles, vous offrez aux bouchères et aux équarisseuses le spectacle sanglant le plus affriolant ! Lyrique : en manque d’héroïne, surtout féminine, le héros, seul vainqueur d’entre tous les virils, sacrifie sa vie à sa gloire solitaire. Naïf : comment faites-vous pour savoir quel morceau vous préférez dans la femme que vous aimez ? Respectueux : quelle patience infinie vous montrez à supporter jusqu’à quatre de leurs volontés. Campagnard : c’est-y une aubergine ou un concombre qui vous pousse quand elles font rouler leurs melons les jours de giboulée ? Militaire : une femme, ça se prend comme une ville, par la traîtrise ou par le siège. C’est toujours par la force qu’elle finit par céder. Pratique : cela doit être inconfortable, d’être obligé de bander pour avoir un bébé. Ah, Diable ! Mais je suis un homme ! Alors je les sers à moi-même avec assez de verve et permets aussi qu'un autre me les serve.

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La Boîte de Pandore, de Yanowski

Posted by Jacqueline et Marie Louise on 20 Mai 2024 in Festival théâtral
La Boîte de Pandore, de Yanowski

Le Cirque des Mirages
Mise en scène Emmanuel Touchard
Duo Yanowski et Parker

En sortant du cabaret - chansons et impros au piano - ou du meeting - micro à tue-tête et tempête de subversion - ou du cirque - rire, danse et pantomime -, je me suis dit :

Mais quelle chance de vivre ici, à Coye-la-forêt ! Car sans le savoir ni l'avoir voulu, nous avons vécu dangereusement le temps d'une soirée et nous avons survécu, nous sommes sortis indemnes du Centre culturel... Personne ne nous avait prévenus que le spectacle était à risque, ce n'était marqué ni dans le programme ni dans le bulletin municipal.

La Boîte de Pandore, de YanowskiCar enfin, les déclamations subversives et même blasphématoires de Yanowski dans un autre lieu que la salle Claude Domenech auraient pu valoir aux acteurs et spectateurs coups de matraques, attaques au couteau, enfermement.

Donc Vive le Festival de nous avoir permis cela. Le théâtre devient le lieu sacré où la parole est libre et ne peut être coupée. Ce matin j'ai pensé à Cabu, à Wolinski, à Samuel Paty, à Dominique Bernard... Ils n'ont pas eu la chance de vivre dans un théâtre à Coye-la-forêt.

La Boîte de Pandore, de YanowskiPS 1 : Je me permets pourtant un coup. Un coup de chapeau aux deux artistes.
Yanowski est un phénomène, une sorte de pitre géant dont le corps entier vit, vibre et exprime. Nous sommes captifs de sa voix, du moindre de ses mouvements, de ses mimiques, du jeu de sourcils, de ses regards. Sa voix est telle qu'il n'aurait pas besoin du micro. Elle est juste, forte, agréable - on l'a entendue parfois, nue et seule. J'ai failli me lever pour lui dire : Coupez le micro, votre voix se suffit à elle-même, je n'entends pas ce que le micro amplifie, je n’entends que des sons hurlés, et votre texte disparaît.
Je regrette de ne pas l'avoir fait… Fred Cooper en aurait aussitôt appelé à son piano et inventé une fantaisie. Car il sait tout faire, c'est l'as de l'improvisation, des enchaînements, des détournements de chansons, de mélodies du répertoire classique, des reprises de jazz. As du piano, de la percussion et du bruitage vocal, roi de la pantomime, avec sa démarche saccadée et ses yeux qui roulent, parfaite incarnation d’une marionnette de bois, il pourrait jouer Pinocchio. Il sait tout faire, je l’ai déjà dit.

La Boîte de Pandore, de YanowskiPS 2 : Mon amie Jacqueline contrebalance – c’est de circonstance. A elle le dernier mot, le plus beau :
« Ma sœur Françoise aussi s'est plainte du déséquilibre entre musique et voix, l'une écrasant l'autre. Pour ma part, du fait de mon handicap, je suis habituée à ne pas comprendre les paroles (aussi bien chansons que théâtre) de sorte que ça ne m'a pas gênée plus que ça : le jeu du comédien est tellement expressif, les gestes sont précis jusqu'au bout des ongles, les mains volent dans la lumière. Je me régale et quand j'arrive à comprendre de quoi il retourne (la vente aux enchères, Jésus et ses apôtres) le plaisir est à son comble ! Et j'adore la valse finale qui de toute évidence veut rivaliser avec celle de Brel : allez, on ne va pas faire de jaloux et on peut déclarer Égalité ! »
PS 3 : En 2017, le Cirque des Mirages fêtait ses 15 ans. Voir sur Coye29 l’article de Catherine Jarige sur leur représentation à Coye-la-forêt.

La Boîte de Pandore, de Yanowski
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L'Écorce des rêves, de David Nathanson

Posted by Marie Louise on 15 Mai 2024 in Festival théâtral
L'Écorce des rêves, de David Nathanson

Compagnie Les Ailes de Clarence
Avec Camille Demoures et David Nathanson

Avant d'aller au théâtre

Avant d'aller au théâtre vous avez hésité, vous avez ouvert plusieurs fois le dépliant du programme, vous y avez mis vos marques, des croix, des ronds, des gribouillis. En somme vous vous êtes préparés. On ne va pas au théâtre comme ça, à l'improviste, sans réfléchir à ce que l'on verra. On ne saute pas dans l'inconnu. Il paraît que c’est parfois dangereux.

Pour mettre toutes les chances de votre côté, vous avez assisté à la présentation du programme en avril, cela vous a laissé presque un mois pour étudier la question. Mais vous restez longtemps indécis : irai-je voir le concert punk, du théâtre clownesque, un thriller, un road trip rural ? Angoisse assurée quand on est confronté à ce terrible moment du choix… et surtout à la décision ultime, la réservation de votre place en ligne – ça, c’est le bouquet, ou plutôt le pic de l’angoisse.

L'Écorce des rêves, de David Nathanson

Heureusement, Pauline, la bibliothécaire de Coye-la-forêt, a pensé à tout et a invité dans son repaire les Coyens inquiets, pour une conférence au titre rassurant et sérieux : « Qu’est-ce que le théâtre ? » Deux comédiens professionnels, Laetitia Poulalion et David Nathanson, seraient les meilleurs spécialistes pour vous expliquer, avec un tableau à feuilles sur un chevalet de conférence, les différentes phases de l’opération « aller au théâtre ».
Vous avez été parfaitement rassuré en apprenant que votre angoisse était normale. Inutile d’aller chez le psy, David et Laetitia étaient là pour dédramatiser la situation en interprétant devant vous une courte pièce avec les ressorts dramatiques de base : une situation périlleuse, un couple dans une tempête de neige, l’attirance mutuelle, une scène d'amour et des baisers passionnés.
Et tout s'est bien terminé. Mieux que dans Anna Karénine.

Grand succès de la conférence, vous irez donc au 43e Festival théâtral de Coye-la-forêt et entrerez au Centre culturel à partir du 13 mai.
Vous en aurez pour presque trois semaines. Relâche le dimanche, il faut cela.

 

Aller au Festival

Pour aller au festival
Choisir d'abord le jour des enfants
Faire son entrée en douceur, à petits pas derrière eux,
Ne pas s’asseoir à l'avant de peur de gêner les yeux qui seraient derrière vous.
Une fois assis sur le côté, près d'un mur, attendre et regarder
Regarder comme ils sont joyeux en essayant les fauteuils, se relevant, s'asseyant, se retournant vers les copains et riant...
Écouter pépiements, appels, chuchotements, sifflements, cris d'oiseaux, tout ce qu'il est d'usage d'entendre dans cette forêt
Jusqu'à ce que l'obscurité enveloppe tout, les murs, les fauteuils, les enfants et leurs maîtres, leurs parents, et les badauds du village.
Tout sauf un plateau dressé en hauteur, et que l’on regarde, intrigué, dans l'attente du mystère : qui viendra ? qui habitera cette cabane, cette chambre, ce bateau… ?
Écouter le silence qui entre dans la forêt et s’installe...

Mais ne pas croire qu'un mauvais sort a endormi les enfants dans leurs fauteuils
Ils sont plus éveillés que jamais, aux aguets car ils savent que dans ce silence obscur il se passera quelque chose.
Un rêve va commencer. C'est L'Écorce des rêves.

 

L'Écorce des rêves

Commencer le Festival avec les enfants est une belle idée. Ils sont les découvreurs.
Alors il leur faut le meilleur, la beauté, le sens, la joie, la chaleur, le plaisir... On ne peut leur offrir le médiocre.

L'Écorce des rêves, de David NathansonL'Écorce des rêves répond à cette exigence.
Et pourtant rien n'était gagné avec le deuil pour sujet : Louise a huit ans, elle a perdu son père.
Pour l'entourer, un nid douillet s'est construit : la voix d’une maman qui, de loin, rappelle le quotidien, une chambre éclairée par un globe terrestre, un grand lit surélevé par des livres – beau symbole – un piano caché par la couette, et… un père présent pour habiter les rêves.
L'Écorce des rêves, de David NathansonLa nuit devient ainsi le temps et le lieu de toutes les aventures, des découvertes, des complicités, de l'amour. De la Terre à la Lune, avec ce père qui imagine, crée, chante et joue du violoncelle, Louise franchit les frontières, traverse l'océan, bivouaque dans les forêts, et s'envole vers l'astre brillant.
L'Écorce des rêves, de David NathansonEt les spectateurs partent en voyage avec eux... Grâce aux talents des comédiens ils réussissent la traversée. Elle fut belle – quels paysages magnifiques ! – joyeuse, inquiétante parfois à cause des dangers sur la parcours, émouvante. Camille Demoures donne le rythme avec cette petite fille si gaie, curieuse de tout, qui danse et bondit, légère, prête à s’envoler. David Nathanson, on aimerait l’avoir pour père ! Rassurant, fantaisiste, tendre, la voix profonde, une présence. Et musicien – Il chante et s’accompagne à la guitare autour du brasero dans la forêt. Un rêve !

Les enfants l’ont bien écouté, aussi attentifs que la petite Louise.

On avait raison de venir au théâtre.

L'Écorce des rêves, de David Nathanson

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AVIS DE TEMPÊTE

Posted by Olivier Manceron on 25 Avr 2024 in Tribunes Libres
AVIS DE TEMPÊTE

Fermez les yeux sur l’avenir, sauf les aveugles, bien entendu ! Laissez l’obscurité gagner le passé et le voile de l’inconscience se tendre sur le présent. Alors le vent se lève. L’horizon vomit des nuées au ventre de plomb, lourds tels des fers à repasser pour écraser la mer. Alors, elle souffre mille morts. La houle hurle et crache des lames de rasoir luisantes d’acier trempé. De rage, elle s’acharne à scarifier le ciel et à découper les mâchoires noires des grands récifs, dinosaures édentés qui, debout sous les coups, lui dégorgent au visage leurs embruns salés. Le vent bat la mesure d’un chant barbare sur le tambour géant des explosions des vagues contre la jetée. L’ombre a avalé les bateaux du port. Seul le crépitement des gréements, petites dents tremblantes des fantômes, font des castagnettes de terreur immobile dans le noir. Siffle le vent, vocifère la mer, s’esclaffent les rochers. Les vagues se retirent en cataracte de galets et reviennent en gerbes si hautes qu’elles éclairent la nuit blanche d’un stroboscope spectral effrayant. Aboyant à tue-tête pour couvrir les braiements du vent, la rage des éléments déchire la chevelure de vieillarde hystérique de l’écume sur les moindres aspérités du rivage. La Nature a repris le pouvoir et donne l’impression qu’elle ne le lâchera plus. La nuit, le vent et la tempête. Plus rien qu’une immense colère qui semble vouloir laver les souvenirs de toutes les misères. Qu’elle choisisse le calme d’une pluie froide, incessante, méprisante, qui remplit les flaques, les rivières et les rues, qui inonde les caves, les salons et les chambres d’enfants, qu’elle choisisse les submersions implacables, les débordements insalubres, les marécages saumâtres ou les déluges excrémentiels qui accessoirement engloutissent les animaux innocents aux ventres gonflés, l’eau lave. Dans son désir amnésique, elle dilue, délie, délite, détruit. Rien ne lui résiste. Elle engouffre, effondre, efface. Sa gloutonnerie a déjà absorbé tellement de châteaux et de forteresses, ravagé tellement de cités antiques et de civilisations perdues, noyé des camps de la mort et des champs de massacre dans la boue de l’oubli. Elle en a submergé des Atlantides mythiques, des galions chargés d’or et des Titanic mondains perdus corps et biens. L’eau ne garde pas la mémoire de ce qu’elle a baigné, malgré les affirmations charlatanesques de quelques homéo thaumaturges. L’inondation et la tempête ont un but commun : laver le sang, les larmes et les souvenirs, faire disparaître à jamais la cruauté et la stupidité suicidaire de l’humanité.

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La tomate

Posted by Olivier Manceron on 23 Mar 2024 in Tribunes Libres
La tomate

Trop de mauvaise humeur tue l’humeur et lasse le lecteur. Trop de dégoût du monde empêche les rêves des enfants et étouffe les rires des jeunes filles en fleur. Nous n’avons pas le droit de sacrifier l’espoir. Alors il faut regarder derrière dans les souvenirs des printemps vrombissant d’abeilles et des étés en bord de mer quand le sable brûlant réfléchissait les jeux du soleil. Il faut feuilleter en arrière les albums des petits bonheurs, de ces moments d’ennui merveilleux des adolescences du passé. Souvenez-vous des premières gorgées de bière et, roulant entre les doigts, la fraîcheur des petits pois dans la passoire. Tiens, il y a eu cette tomate chaude et tendre. Ma sœur et moi avions décidé du haut de nos dix ans de marcher tout droit jusqu’à la colline là-bas, fascinante pinède bleue enserrée par une longue muraille que nous discernions nettement dans le soleil rose du matin. Elle s’appelait « Les Bois-Murés » et gardait tout son mystère pour nos fantasques esprits enfantins. Nous avions marché tout droit à travers des pierriers déjà chauds, des prairies d’herbes folles jaunies par l’été et des vergers ombragés. Alors que nous longions son potager, un vieil homme nous arrêta de quelques mots chantants pour nous offrir une tomate qu’il cueillit à ses pieds. Nous la gardâmes à la main jusqu’à trouver un trou d’irrigation en bas du mur des Bois-Murés qui nous laissa juste la place de nous faufiler à l’intérieur. Ah ! Cette tomate ! Toute tiède, poivrée et juteuse à nous couler sur le menton. Assis derrière un fourré, inquiets du moindre bruit qui aurait pu évoquer l’arrivée du garde-chasse, nous avons trouvé dans cette tomate le jus de la vie, le sang de la jeunesse et quelque chose comme un petit élixir de bonheur. Nous sommes rentrés soulagés d’avoir vaincu nos petites peurs d’enfants, un peu ivres du chant des cigales, marchant tout droit vers le toit rouge de la maison là-bas, fiers de suivre la boussole des oiseaux qui ne se perdent jamais dans le bleu de la Provence estivale. La vie garde dans nos mémoires des éclats de soleil et de rires qui font oublier les grands petits hommes, ces puissants impuissants qui détruisent la planète et l’humain de l’humanité. Cultivons nos souvenirs tels des graines de joie, des semences de bonheur dans l’espoir que cela repousse un jour, petites pousses vertes entre les pierres et les gravats des guerres.

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Une journée autour des femmes en situation de handicap

Posted by Olivier Manceron on 15 Mar 2024 in Reportages
Une journée autour des femmes en situation de handicap

En cette journée du 8 mars, journée des droits des femmes, les femmes en situation de handicap n'ont pas été oubliées, perdues dans les images médiatiques des liesses féministes et qui plus est cette année dans les apparats de la ratification présidentielle du droit à l'avortement dans la constitution.

A Chantilly, dans l'Oise, les associations FDFA "Femmes pour le dire, femmes pour agir" et l'APAJH Association pour Adultes et Jeunes Handicapés, avaient organisé à la demande de  Madame Claude DULAMON, sous préfète de Senlis, une réunion festive et de réflexion sur le sort des femmes en situation de handicap victimes de violences sexistes et sexuelles.

Les officielles de la région étaient là. Nous avons reçu les présidents des associations Chantal RIALIN pour FDFA et Claude LEBRET pour l'APAJH ainsi que pour la Mairie de Chantilly  la Docteur Dominique DELAHAIGUE, Conseillère municipale, de la ville de Chantilly, Déléguée à la Santé, au Handicap et à la Médiation et animatrice du programme "Handicaps, parlons en " du CCAS de Chantilly. Nous avons aussi reçu Eric WOERTH et sa sœur Florence WOERTH représentants la région.

Une journée autour des femmes en situation de handicapL'émotion était à son comble après pour Adultes et Jeunes Handicapés,  la projection du court métrage “Violences du Silence” qui dépeignait la réalité des quotidiens des femmes murées dans les violences et leur handicap. Il a fallu tout le charme et la poésie des artistes Sophie et Emmanuel SALA du Duo Soma, pour retrouver l'énergie pour continuer notre journée.

Nous avons réuni autour d'une même table ronde des représentantes des divers services impliqués le long des parcours de ces femmes. Nous avons écouté Roukhaya HASSAMBAY, porte-parole de l’association IKAMBERE (regroupant des femmes vulnérables victimes de violences), Amélie LAFON, chargée de mission lutte contre les violences intra familiales au Tribunal Judiciaire de Senlis, Clémentine LEVY, porte-parole de l’association  "SOLIDARITE FEMMES 3919" , Cyril BOILE, directeur de France VICTIMES OISE et Corinne PEREZ-BERGEAUD, adjudante-cheffe (M2PF) Maison de prévention et de protection des familles qui a fait une intervention très remarquée. Une journée autour des femmes en situation de handicapLes associations FDFA et l'APAJH ont pu présenter leur projet de centre d'hébergement d'urgence pour ces femmes en complet désarroi dont la construction est prévue attenante au bâtiment inclusif en cours d'édification dans le Domaine des Trois Châteaux à Coye-La-Forêt.

Madame la sous-préfète Claude DULAMON a conclu cette journée par une intervention puissante et pertinente, cherchant à réunir nos énergies et, malgré les sombres auspices de l'actualité, à redonner de l'espoir. Elle a souhaité le développement des systèmes de soins et de prises en charge des personnes vulnérables à la hauteur de l'enjeu de société qu'ils représentent pour tous et toutes.

 

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Un diptyque exceptionnel

Posted by La rédaction on 04 Mar 2024 in Théâtre, Tous en scène
Un diptyque exceptionnel

Venez voir ou revoir, entendre ou réentendre ces deux textes puissants.
Découvrez comment le dialogue s'établit entre les deux mises en scène, comment elles se percutent, s'entrechoquent et se font écho.

Un diptyque exceptionnel
– Sept femmes se lèvent et prennent la parole pour s'opposer à la marche du monde.
 – Sept femmes se font entendre, par le corps et par la voix, pour dire leur refus d'une société où elles n'ont pas leur place.
 – Sept femmes qui doutent, qui cherchent, qui hésitent, se trompent peut-être, mais ne renoncent pas.

      Écrite en 1997, Stabat Mater Furiosa de Jean-Pierre Siméon, poète et dramaturge français, est une pièce poétique contre la guerre et la violence.
      Écrite en 1970, Mauser de Heiner Müller, dramaturge est-allemand, est une pièce philosophico-politique sur le processus révolutionnaire.
     Dans des registres très différents, ces deux pièces interrogent sur la possibilité d'une opposition dans notre société ; opposition, pour Stabat Mater Furiosa, à la violence systémique du patriarcat qui perpétue sans fin le cycle de la guerre ; opposition, dans Mauser, au déchaînement de la violence révolutionnaire qui s'oppose elle-même à l'oppression d'une société réactionnaire.
      À travers un travail chorégraphique, visuel et choral qui rend hommage respectivement à Pina Bausch et Maguy Marin, nous avons imaginé dans ces deux textes une théâtralité propre. Avec les différentes images que nous construisons, nous proposons au spectateur d'élaborer son propre chemin de sens. 

 

le dimanche 17 mars 2024 à 16 heures puis à 19 heures
au centre culturel de Coye-la-Forêt
21, rue d'Hérivaux

  plein tarif une pièce : 15 € les deux pièces : 20 €
tarif réduit une pièce : 10 € les deux pièces : 13 €

Renseignements et réservations : 03 44 58 71 10 / 06 38 03 11 85
ou à assoc.tousenscene@laposte.net

  Dans l'entre-deux, mise à disposition d'une salle pour un échange autour d'un verre.
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"Proprement" immonde

Posted by Jacqueline Chevallier on 20 Fév 2024 in Urbanisme, logement, voirie
"Proprement" immonde

La nature n'est pas une poubelle, la voie publique non plus

Comme par mégarde, un mouchoir tombe au caniveau ou même, croyant bien faire, on prend la peine de le glisser dans la fente d'une "bouche d'égout". Hop ! ni vu ni connu, il disparaît et n'existe donc plus.
Or il faut savoir qu'à Coye-la-Forêt, comme dans la plupart des villes, ce que l'on appelle souvent une "bouche d'égout" ne rejoint pas les égouts proprement dits et la station d'épuration, mais recueille les eaux de pluie et avec elles, tout ce qui traîne sur la chaussée. Ainsi papiers, canettes vides et mégots de cigarette sont conduits jusqu'à la rivière.
Désormais en divers endroits, la mairie a fait écrire sur la voie publique, à côté d'un avaloir dont on ne sait à priori où il se déverse : LA THÈVE COMMENCE ICI - NE RIEN JETER. C'est une très bonne initiative. Des indications de ce genre ont été multipliées et devraient être généralisées afin que chacun soit instruit, conscient et vigilant. En certains endroits il est même marqué encore plus explicitement : NE RIEN JETER, NE RIEN VIDER.
Sait-on par exemple que ce geste banal qui consiste à jeter son mégot par terre (on estime entre 20 000 et 25 000 tonnes la quantité de mégots jetés chaque année en France) est une des sources de pollution les plus néfastes pour les rivières et les océans : le filtre contient des matières plastiques (acétate de cellulose) et de nombreuses substances chimiques (acide cyanhydrique, naphtalène, nicotine, ammoniac, cadmium, arsenic, mercure, plomb – métaux lourds que l'on retrouve chez les animaux marins) dont certaines sont toxiques pour les écosystèmes ; un mégot peut mettre plus de dix ans pour se dégrader, sachant qu'en fait il se fragmente en une multitude de microparticules et qu'il n’y a pas de réelle disparition. On a peine à y croire et pourtant il est estimé que chaque mégot qui atterrit dans un caniveau au lieu d’un cendrier pollue, à lui seul, 500 litres d’eau. Alors un mégot négligemment balancé dans le caniveau, c'est déjà une nuisance. A fortiori ne faut-il pas y vider le cendrier de sa voiture.
Les rejets de déchets et de polluants se font par négligence parfois, mais aussi par ignorance, bien souvent. C'est pourquoi il est important de savoir que ce que l'on jette sur la chaussée se retrouvera pour finir dans la Thève, puis dans l'Oise, puis dans la mer. Il faut, ici comme ailleurs, que chacun prenne conscience de ses gestes. Jeter des déchets non biodégradables dans la nature est toujours préjudiciable. La nature n'est pas une poubelle. Celui qui déverse ses ordures dans un bouche d'égout ou dans un cours d'eau, certes, ne verra rien des conséquences de son geste qui peut lui sembler anodin : mais son action a des effets majeurs en aval en détruisant des équilibres de vie fragiles. Si les petits ruisseaux font les grandes rivières, les petits déchets font les continents de plastique et la contamination des océans.

"Proprement" immonde


Soyons responsables et vigilants !

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Numéro SANG !

Posted by Olivier Manceron on 18 Fév 2024 in Tribunes Libres
Numéro SANG !

Qui aurait dit que je vivrais assez longtemps pour voir les prémices de ces apocalypses sombres qui grondent dans l’ombre des réchauffements climatiques, des inondations catastrophiques, des cyclones ravageurs, des vagues submersives cataclysmiques, des éruptions volcaniques imprévisibles, des glissements de terrain à gommer les montagnes, à engloutir les villes et les campagnes ? Et tout ça, ce n’est que colère de Terre. Elle voit rouge, la planète bleue. Elle en assez des hommes. Les hommes ont les mains rouges du sang des bébés du monde qui meurent sous les bombes, qui meurent de peur, qui meurent dans les yeux éteints de mamans froides qui ne bougent même plus quand on les secoue dans la nuit glacée. Ces messieurs se lavent les mains. Ils se frottent obsessionnellement les mains avec des savons parfumés, puis les posent tranquillement sur leur ventre apaisé, plein des repas fins que les puissants du monde se partagent pour chercher un accord en buvant de bons vins et en fumant des cigares précieux. Puis ils se quittent pour retrouver leurs ministres obséquieux et pour intimer à leur peuple l’ordre de faire des bébés, ce cher public d’abstentionnistes gavés de promesses électorales de paix, de justice et de sécurité. Et puis les puissants repartent dans leurs jets privés retrouver leurs interlocuteurs chefs d’État pour le prochain sommet international dont le but principal est d’organiser le suivant, en dégustant des plats succulents, arrosés de délicieux spiritueux. Dans l’ombre les mafias dévorent les âmes et vendent les corps sur le marché des vices. Dans l’ombre, les savants chercheurs manipulent des substances de mort, des engrais empoisonneurs, des microbes tueurs, avec la ferveur que leur donne la peur que d’autres chercheurs trouvent avant eux des secrets encore plus destructeurs. Dans l’ombre, de riches milliardaires se retrouvent dans leurs clubs très privés pour se comparer les comptes en Suisse, pour se jalouser les yachts de croisière chargés de petites filles toutes nues sur la plage arrière et surtout pour jouir d’être entre eux, les privilégiés, assiégés par des foules esclaves qui survivent dans la boue ou la poussière, par des misérables dont les bébés meurent en pleurant doucement entre des bras de mères mortes depuis le fracas du bombardement. La seule solution que nos puissants nous proposent pour nous en sortir, c’est la guerre. Qui aurait dit que je puisse avoir vécu assez longtemps pour perdre l’envie d’écrire ?

Numéro SANG !
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Courage, rêvons !

Posted by Olivier Manceron on 23 Jan 2024 in Tribunes Libres
Courage, rêvons !

Que reste-t-il de nos jeunesses et de nos années d’allégresse ? Remords ou regrets ? Désillusion ou distanciation ? Le fameux recul de l’âge vient-il de cette âpre nostalgie devant l’affligeant spectacle du vieillissement de nos enfants, de notre doux amour tant chéri et de nos vieux ami.es des premiers jours ? Leurs cheveux blanchissent. Les rides envahissent leurs visages fatigués. Ce n’est pas si facile de nous retourner sur le chemin qui roule sous nos pieds. Pas sûr qu’il sente la noisette, le thym et le romarin. Nos vieilles âmes sont à repasser quand les chagrins les ont froissées, nos cœurs brisés à recoller quand la vie les a fracassés. Il est un art ancien, le Kintsugi japonais, qui d’un fil d’or fait un chef d’œuvre des mille morceaux d’une fine céramique. Signé de la main du hasard, l’ouvrage n’a tenu qu’à notre désir de vivre. Nos cœurs redeviennent ces porcelaines diaphanes luisant au soleil. Les erreurs, les accidents, les handicaps, les malheurs, les deuils, les faux-serments ont fait de nous ces chefs-d’œuvre de conservation. Mais si nos ombres s’allongent, c’est pour mieux désigner aux autres les chemins qu’il vaut mieux éviter. Les dédales de nos destinées se répliquent et se superposent, de telle sorte qu’ils éliminent pour nos descendants les impasses à esquiver. Il n’y a qu’une solution pour sortir de ce labyrinthe mortifère que la société actuelle propose aux enfants de nos enfants. Léguons-leur les consignes de ne pas retourner aux erreurs du passé, de ne pas reproduire l’aporie de nos vies. Notre génération de boomeuses et de boomeurs décrépits a fait la preuve que la société élitiste de nos aïeux, faite de compétition et de domination, cette société des plus forts, des grosses voix et des grands hommes salvateurs, est un cul de sac, définitivement. Les grands marchés du consumérisme ont ruisselé en vain sur les foules complices de contribuables conservateurs, de contestables combinateurs, de conjurés contestataires et de convives constipés. Nous en fûmes, ne laissons pas à nos héritiers cette propension que nous eûmes à nous faire enfumer. Ne laissons pas le monde aux mains des assassins. Les héroïnes et les héros que nous attendons pour demain feront un nouveau système de force et d’humanisme, d’égalité et de diversité, de respect et de partage. On a quand même le droit de rêver !

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Notre France est faite des nations du monde. Qu'elle ne l'oublie pas quand elle fera la fête !

Posted by Olivier Manceron on 23 Déc 2023 in Tribunes Libres
Notre France est faite des nations du monde. Qu'elle ne l'oublie pas quand elle fera la fête !

Chère France, comment ne pas t’aimer ? Avec tes douces collines vallonnées, duveteuses des blondeurs de l’été, tes vallées secrètes où se cachent de paisibles villages dans les tendres méandres de rivières enchantées, avec tes sommets enneigés dorés du soleil levant, tes rivages outremer si rarement en colère qu’avant qu’elles ne se brisent leurs vagues sont déjà pardonnées. Du monde entier, les touristes viennent visiter, en rangs serrés, les trésors d’histoire que les siècles ont déposé jusqu’aux plus délicieux recoins de ta géographie. La sagesse des peuples a sédimenté pour former ce lourd terreau de bon sens et de gai savoir qui fait ta force. Les grandes invasions ont balayé ton terroir en imbibant de sang impur tes sillons. Les Celtes, les Gaulois, les Romains, les Goths et les Teutons, les Huns, les Arabes, les Vikings, les Anglais, les Autrichiens, les Russes, les Prussiens et autres Teutons, les Polaks, les Ritals, toutes l’Afrique et ses Africains, les Chinois et les Vietnamiens et encore quelques Teutons… Dernière terre avant la mer, tu as tout accueilli, tout accepté et finalement tout assimilé. Ces populations ont fui les inondations saumâtres et les déserts dévorants, fui les guerres et les famines, fui le désespoir des pays sans passé, qui détruisent l’avenir de leurs enfants. Depuis des siècles, ma France, tu as absorbé les cultures, digéré les coutumes, tu t’es nourrie des peuples étrangers pour en faire ta grandeur. Le coq est un peu braillard et hâbleur, toujours solitaire et souvent maussade. Mais n’oublions pas qu’il a les deux pattes sur un sacré tas de fumier. La France est grande aussi des horreurs du passé. Sa force a été d’extraire de ce minerai apatride l’acier des valeurs morales et démocratiques que chantent tes hymnes patriotiques. France, n’oublie pas ton identité. N’oublie pas ta francitude. Tes feuilles sont tricolores, mais tes branches sont de toutes les couleurs de peau. Ton tronc rugueux est celui de ton histoire, de tes mythes et de tes légendes. Mais ta souche, ma France, celle qui enfante tes fameux français « de souche » de tes racines orgueilleuses, elle s’enfonce dans la fumure de tous les peuples, dans ce que l’humanité possède d’universel, de permanent dans la nature même de chacune et de chacun. Ce sont ces hybridations de gens des origines les plus disparates qui ont distillé les valeurs françaises de liberté, d’égalité, de fraternité et de sororité. France, ma France, ne renie pas ton identité.

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Et l'espoir ?

Posted by Olivier Manceron on 21 Nov 2023 in Tribunes Libres
Et l'espoir ?

  S’il y a une chose dont on ne puisse jamais faire le deuil, c’est bien l’espoir. Pourtant les temps s’y prêtent. La multiplication exponentielle des crimes contre l’humanité permet aux criminels de se perdre dans la foule de leurs victimes. On se donne le luxe de classer les massacres par catégories, soit aériens, soit maritimes, soit souterrains, soit en rase campagne. On commente leur caractère adroitement politique ou totalement inutile. L’humanité saigne comme une truie dans les ruisseaux du monde, qui débordent et rougissent les sables du désert ou les premières neiges de l’hiver. Rien n’est assez grandiose pour détruire la vie des autres. L’esprit de vengeance n’a jamais été aussi légitime et les guerres aussi évidemment justes. On en mettrait sa main à couper et on s’en tirerait bien, vu les circonstances. Les drapeaux claquent dans le vent de l’histoire des « morts pour la France », des morts pour la Russie, pour l’Arménie, pour l’Ukraine, pour le Soudan, pour Israël, pour la Palestine, pour le Yémen, pour… La roue de l’infortune s’emballe et fait tourner le globe terrestre de plus en plus vite. Le sang des autres nourrit les marchés. « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour les industriels » disait Anatole France. Les mafieux internationaux s’engraissent, tout nus et ventrus, sur la plage arrière de leurs yachts de luxe. Alors combien faudra-t-il d’enfants écrasés, de bébés brûlés, de filles violées, de femmes écartelées, de vieillards décapités, tous immolés à la gloire de leur fureur, pour qu’ils achèvent leur danse macabre. L’Histoire ne se souviendra que de la honte. Aussi donnons-nous du temps. Accrochons-nous aux oripeaux de nos vieux rêves. Ne lâchons ni le manche, ni le clavier, ni le micro, ni le stylo. Ils pensent que l’horreur répondant à l’horreur, ils vont lier nos mains, coudre nos bouches, fermer nos cœurs, comme ils noient de larmes nos paupières. Ne regardons pas ce qu’ils exigent que nous contemplions extatiques jusqu’à annihiler nos volontés. Continuons à analyser les mécanismes psychiques intimes qui les font se mouvoir, à stigmatiser les coutumes qui les dissimulent et à lutter contre les politiques sociales qui protègent leur impunité. C’est une ascension entre mur et ravin, dans les tourbillons de la tourmente. Ne regardons pas le sommet, ni le précipice. « Les chants désespérés sont les chants les plus beaux, » disait Alfred de Musset. Mais continuer de chanter, c’est déjà une victoire. Travailler sans y croire, c’est encore de l’espoir.

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Sans peur et sans reproche

Posted by Olivier Manceron on 23 Oct 2023 in Tribunes Libres
Sans peur et sans reproche

Brrr… La peur distille nos cauchemars d’enfants. Elle vient sourdre entre les pierres des voûtes humides, puis se cacher sous la poussière des greniers. L’ombre se feutre de toiles collantes d’araignées velues. La bonne vieille peur des fêtes gaëliques circule entre cimetières et châteaux hantés. Elle habite son royaume de sorcières et de chauves-souris, baigné d’odeurs de soufre et bercé par le chant des corbeaux. Comme on l’aime, cette vieille frousse qui pousse chaque année le carnaval morbide des enfants à taper à nos portes pour avoir des bonbons ! Elle nous rassure, surtout depuis que le monde a la tête à l’envers. Grondant d’orage, les nuages noirs nous charment de leurs promesses de pluie après ces longs mois angoissants de sécheresse. Le jour qui meurt à l’automne, les feuilles brunes et dorées endiablées par le vent, le soleil qui va crever dans son bain de sang, ce ne sont que des morts douces pleines d’espoir de printemps. Mais les écrans médiatiques dégoulinent de leur actualité épouvantable, de boue, d’acier et de sang. Les sanglots des orphelins sont étouffés par le fracas des bombes. Les tueurs se repaissent des corps de leurs victimes avant de les achever sous les caméras des reporteurs de guerre. Nos glorieux dirigeants reçoivent les prix Nobel de la sauvagerie, de l’hypocrisie et du mépris pour leur propre peuple. Ils ont gagné la célébrité éternelle. Leurs noms brilleront au firmament jusqu’à la fin prochaine de l’humanité pour avoir détruit la planète en un dernier autodafé de fureur et de guerre. La crainte se fait terreur. La virilité dominatrice tend ses bras ensanglantés vers le vide du ciel, habité de nuées enflammées et de hurlements de haine. Chaque religion lance son dieu contre celui des autres, tous champions incontestés de l’amour et de la miséricorde. Dans la mêlée ridicule du mondial de la cruauté, ces dieux s’empoignent d’une dernière étreinte pour sombrer dans leur néant. Notre Présent est devenu si monstrueux qu’il dévore notre Avenir à grands lambeaux entre ses dents carnassières. Dès qu’on y pense, demain fait peur. Chacun cherche un moyen de cacher l’anxiété qui le taraude, mais que tout le monde partage en son for intérieur. Seul le déni nous console. Quand les enfants toquent à la porte déguisés en tueurs de l’aube ou en squelettes décharnés, on rigole et on donne des confiseries. Et s’il y a des choses qui ne nous donnent pas la trouille, ce sont les citrouilles.

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Les sanglots longs...

Posted by Olivier Manceron on 24 Sep 2023 in Tribunes Libres
Les sanglots longs...

Souffle l’automne ! Frissonne, brise folle, dans les frondaisons froides des bois et des forêts. Le vent frisquet cabriole en muette farandole dans les allées du parc délaissé. Les chevelures des tilleuls de la promenade commencent à roussir. Les bourrasques se jouent des courants d’air en jolis tourbillons. La pluie derrière la buée des carreaux, les réunions de synthèse et de débriefing, les feuilles roussâtres sous les marronniers, les colloques savants aux sinueuses incises, les ruisseaux chantants dévalant !es gouttières, les conférences de soutien et les votes de principe, tout cela dévale à la hâte sur le pavé mouillé. L’automne s’énerve et se donne du mal pour oublier l’été. Les langueurs caniculaires sont tombées dans les escaliers du calendrier. Les téléphones vrombissent. Déjà las de zooms impérieux aux vidéos interminables, des mosaïques de visages déversent de leurs écrans de mornes crues de mots sur les claviers grincheux. Bientôt les prochaines grèves des transports, les embouteillages du matin et, le soir, les métros bondés. L’automne n’attend pas. Il se jette en avant pour arriver avant l’hiver. Les banlieues coulent vers les centres-villes. Des flots de citadins se précipitent sous le ciel noirci par la crasse de l’ardoise des toits. Les nuages sont détrempés des larmes de la misère du monde. Les gens, essoufflés par les projets de cadrage à recadrer et les comités de pilotage à piloter, soûlés des discours affables de ministres empressés, agacés par les humeurs des journalistes aux conférences de presse, les gens se gorgent comme des forcenés du primordial, du nécessaire, de l’incompressible et de l’inévitable. Il y a urgence ! C’est évident. Il y a de la crainte aussi dans cet empressement, quelques chose de moite comme la peur. Le bleu du ciel ne s’aperçoit que dans les accrocs de ses haillons effilochés, déchirés par les clochers. Les oiseaux se taisent. Les hirondelles sont parties à tire d’aile avant les oies sauvages. Le vent de l’équinoxe les a poussées vers des cieux délicieux. L’inquiétude monte et perle sur les fronts tourmentés. Les regards se croisent sans se regarder. On prend la parole pour ne pas avoir à se taire. Les insomnies ne servent qu’à écouter la pluie sur la verrière ou le chuintement lointain des voitures sur le boulevard. L’automne serre nos cœurs d’une molle anxiété. Une petite sueur acide nous vernit l’âme. Qu’importe ce présent dévorant, qu’importe la fatigue fiévreuse, la seule vraie peur est celle de l’avenir. On cherche avec angoisse ce qu’il reste d’espoir. Tout plutôt que d’envisager demain. Tout plutôt que de croiser le regard d’un enfant.

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Cueillir les roses de la vie... ne suffit plus !

Posted by Olivier Manceron on 26 Aoû 2023 in Tribunes Libres
Cueillir les roses de la vie...  ne suffit plus !

« Mignonne, allons voir si la rose, qui ce matin avait dèsclose… » Monsieur Ronsard avait de gros sabots. Elle a dû l’entendre venir de loin. L’histoire ne dit pas comment les 14 ans de la « mignonne » Cassandre ont réagi aux avances du « vieux » Pierre de 7 ans de plus qu’elle. A l’époque, on ne balançait pas les porcs et le consentement était affaire de fric et de rang. Mais l’argumentaire du poète, non content d’avoir traversé les siècles, fait toujours florès : « Tant qu’on peut, faut en profiter ! » Les canicules grillent la planète et les catastrophes climatiques noient suffisamment de gens pour que les vivants ne se considèrent désormais que comme des survivants. Alors en attendant l’apocalypse, il faut s’en mettre plein la lampe à s’en crever la panse. La célèbre loi du plus fort ne mène qu’au profit, rapide, funeste et destructeur. Tant pis si après rien ne repousse « Ô vraiment marâtre Nature puisqu’une telle fleur ne dure que du matin jusques au soir. » Les « tant-qu'y-en-a » partagent leurs apéros avec les « déjà-ça-de-pris » au camping des Flots Bleus. Les « téfoutus » s’enferment dans le noir des séries noires, portable éteint sur les odieuses jérémiades des « j’en-peux-plus ». Les « tu-vas-crever » s’enfuient dans les collines construire des bunkers et observent chaque étoile de leurs périscopes soupçonneux dans la crainte de l’ultime bombe dévastatrice. A la spirale démoniaque des dérèglements climatiques, les braves gaillards qui nous gouvernent n’ont d’autres propositions que des guerres et des famines à rendre fous les peuples accablés et détruire plus vite encore ce qui reste de la Terre. La honte me submerge. J’en crains de croiser le regard de mon chien. « Cueillez, cueillez votre jeunesse… » Mais la seule façon de cueillir la vie, c’est de se battre contre la bêtise virile qui nous consume. Il ne suffira pas de cueillir l’instant, si on en a perdu le sens. Courage ! Rejoignons les « faut-pas-lâcher » et les « tant-qu’y-a-d’l’espoir ». Serrons les rangs ! Rien n’est encore perdu. Les grands de ce monde ont échoué. Leurs surenchères de matamores ne les ont poussés qu’à un grand suicide expiatoire dans lequel ils entraînent l’univers. Changeons ces hommes égarés et hagards par des femmes altruistes et novatrices. Le temps manque. Tentons en dernier recours de leur confier les manettes, de leur donner le pouvoir. Au sempiternel argument : « Mais si c’étaient les femmes qui avaient le pouvoir, ce serait la même chose ! » répondez qu’on n'a jamais essayé et qu’on n'a rien à perdre.

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