L'Écorce des rêves, de David Nathanson
Compagnie Les Ailes de Clarence
Avec Camille Demoures et David Nathanson
Avant d'aller au théâtre
Avant d'aller au théâtre vous avez hésité, vous avez ouvert plusieurs fois le dépliant du programme, vous y avez mis vos marques, des croix, des ronds, des gribouillis. En somme vous vous êtes préparés. On ne va pas au théâtre comme ça, à l'improviste, sans réfléchir à ce que l'on verra. On ne saute pas dans l'inconnu. Il paraît que c’est parfois dangereux.
Pour mettre toutes les chances de votre côté, vous avez assisté à la présentation du programme en avril, cela vous a laissé presque un mois pour étudier la question. Mais vous restez longtemps indécis : irai-je voir le concert punk, du théâtre clownesque, un thriller, un road trip rural ? Angoisse assurée quand on est confronté à ce terrible moment du choix… et surtout à la décision ultime, la réservation de votre place en ligne – ça, c’est le bouquet, ou plutôt le pic de l’angoisse.

Heureusement, Pauline, la bibliothécaire de Coye-la-forêt, a pensé à tout et a invité dans son repaire les Coyens inquiets, pour une conférence au titre rassurant et sérieux : « Qu’est-ce que le théâtre ? » Deux comédiens professionnels, Laetitia Poulalion et David Nathanson, seraient les meilleurs spécialistes pour vous expliquer, avec un tableau à feuilles sur un chevalet de conférence, les différentes phases de l’opération « aller au théâtre ».
Vous avez été parfaitement rassuré en apprenant que votre angoisse était normale. Inutile d’aller chez le psy, David et Laetitia étaient là pour dédramatiser la situation en interprétant devant vous une courte pièce avec les ressorts dramatiques de base : une situation périlleuse, un couple dans une tempête de neige, l’attirance mutuelle, une scène d'amour et des baisers passionnés.
Et tout s'est bien terminé. Mieux que dans Anna Karénine.
Grand succès de la conférence, vous irez donc au 43e Festival théâtral de Coye-la-forêt et entrerez au Centre culturel à partir du 13 mai.
Vous en aurez pour presque trois semaines. Relâche le dimanche, il faut cela.
Aller au Festival
Pour aller au festival
Choisir d'abord le jour des enfants
Faire son entrée en douceur, à petits pas derrière eux,
Ne pas s’asseoir à l'avant de peur de gêner les yeux qui seraient derrière vous.
Une fois assis sur le côté, près d'un mur, attendre et regarder
Regarder comme ils sont joyeux en essayant les fauteuils, se relevant, s'asseyant, se retournant vers les copains et riant...
Écouter pépiements, appels, chuchotements, sifflements, cris d'oiseaux, tout ce qu'il est d'usage d'entendre dans cette forêt
Jusqu'à ce que l'obscurité enveloppe tout, les murs, les fauteuils, les enfants et leurs maîtres, leurs parents, et les badauds du village.
Tout sauf un plateau dressé en hauteur, et que l’on regarde, intrigué, dans l'attente du mystère : qui viendra ? qui habitera cette cabane, cette chambre, ce bateau… ?
Écouter le silence qui entre dans la forêt et s’installe...
Mais ne pas croire qu'un mauvais sort a endormi les enfants dans leurs fauteuils
Ils sont plus éveillés que jamais, aux aguets car ils savent que dans ce silence obscur il se passera quelque chose.
Un rêve va commencer. C'est L'Écorce des rêves.
L'Écorce des rêves
Commencer le Festival avec les enfants est une belle idée. Ils sont les découvreurs.
Alors il leur faut le meilleur, la beauté, le sens, la joie, la chaleur, le plaisir... On ne peut leur offrir le médiocre.
L'Écorce des rêves répond à cette exigence.
Et pourtant rien n'était gagné avec le deuil pour sujet : Louise a huit ans, elle a perdu son père.
Pour l'entourer, un nid douillet s'est construit : la voix d’une maman qui, de loin, rappelle le quotidien, une chambre éclairée par un globe terrestre, un grand lit surélevé par des livres – beau symbole – un piano caché par la couette, et… un père présent pour habiter les rêves.La nuit devient ainsi le temps et le lieu de toutes les aventures, des découvertes, des complicités, de l'amour. De la Terre à la Lune, avec ce père qui imagine, crée, chante et joue du violoncelle, Louise franchit les frontières, traverse l'océan, bivouaque dans les forêts, et s'envole vers l'astre brillant.
Et les spectateurs partent en voyage avec eux... Grâce aux talents des comédiens ils réussissent la traversée. Elle fut belle – quels paysages magnifiques ! – joyeuse, inquiétante parfois à cause des dangers sur la parcours, émouvante. Camille Demoures donne le rythme avec cette petite fille si gaie, curieuse de tout, qui danse et bondit, légère, prête à s’envoler. David Nathanson, on aimerait l’avoir pour père ! Rassurant, fantaisiste, tendre, la voix profonde, une présence. Et musicien – Il chante et s’accompagne à la guitare autour du brasero dans la forêt. Un rêve !
Les enfants l’ont bien écouté, aussi attentifs que la petite Louise.
On avait raison de venir au théâtre.

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