NATURE MORTE DANS UN FOSSÉ

Mise en scène et interprétation : Collectif DRAO
La cité des enfants perdus
Le monde des dealers et petites frappes nous saute au visage dès la première scène très crue de la pièce. Cette rencontre choc nous entraîne dans l’enfer d’une périphérie sans horizon, anti-nature où il n’y a plus qu’à survivre. Nous serons conduits avec chaleur et humanité dans une société qui exclut tout le monde.

Pas moins de 25 personnages que le destin affronte à la nécessité de survivre dans la jungle urbaine de cette Italie moderne, semblable à toute cité occidentale. Chacun est chargé d’un rêve ou d’un désir, auquel il lui faut renoncer aux prix d’un ulcère, ou d’une dépendance ou de l’asservissement. Les exclus s’entre dévorent, les notables se dissimulent derrière les apparences.

Les mots et l’action

La danse des corps et des objets

Les phases d’excitation et de lenteur alternent, culminant dans la bataille des exclus. Les objets participent à cette danse lente ou furieuse, transformant en funambule le dealer, en cène le repas des bourgeois où la jeune fille se fige dans la posture du Christ. Les fils -de téléphone, de perfusion, de la scène de crime- attirent le regard. Dans l’affrontement, les armes paraissent plus ludiques (Cluedo ) que dangereuses, créant un effet tragi-comique. Cris, chuchotement, musique forment avec efficacité la basse continue du ballet.
Les drogues
Omniprésentes, elles s’imposent, même parfois trop, fumer sur scène n’a pas été jugé utile par tous. Les truquages auraient pu remplacer le tabac. Les drogues infiltrent cette société désespérée, un monde que l’inspecteur voit comme « divisé en victimes et en bourreaux ». Il voudrait bien que le crime « ne soit qu’une affaire de drogue ». Le sacrifice des jeunes nous concerne, nous effraie ; on peut regretter la lourdeur du propos politique qui désigne implicitement Berlusconi comme responsable.
Le public du Festival n’a pas ménagé ses applaudissements, admirant la performance des acteurs et l’énergie de la mise en scène. Parfois agressé, au moins dérouté, il a suivi le fil du labyrinthe. Le théâtre remplit ici pleinement son sens originel : le débat sur notre société.
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