OBLIQUE
De Christophe Moyer
Mise en scène de Christophe Moyer
Compagnie Sens Ascensionnels
Une fable sur l’équilibre et le déséquilibre du monde. Disons, plutôt du déséquilibre. Car l’équilibre, on l’attend. Mais l’auteur du spectacle, Christophe Moyer, est un optimiste, il ne laisse pas le spectateur quitter la salle le désespoir au cœur. L’équilibre peut se trouver…
Dans une volonté d’exprimer ses inquiétudes, ses refus et ses désirs quant à la marche du monde, Christophe Moyer met le théâtre au service de son engagement. Comme écrivain, metteur en scène, comédien, il veut « questionner notre monde en tentant de faire se rencontrer les notions de spectacle et d’engagement ».
Comment ? Par une fable. L’histoire gentille et amusante du peuple des Zoblics, condamnés à vivre sur une terre en pente, car le lac auprès duquel ils habitaient s’est vidé de son eau, et leur terre s’est mise à pencher. Trop d’un côté, pas assez de l’autre.
Les personnages sont des archétypes : Le Père Pendiculaire, La Mère Veille, la Mère Cantile, le Zoblic Possessif, la Zoblic Agricultrice, le Zoblic Scientific, le Père Trol, etc. Tous ont un rôle à jouer dans l’évolution du monde, les uns font du commerce, les autres pensent, calculent, d’autres forent, creusent, s’arqueboutent (« les vieux sont mieux équipés »), posent des cales, (« la matière fait cale ») cloutent pour ne pas glisser sur la mauvaise pente.
Pour trouver l’idée qui permettra enfin de vivre droit sur un sol bien horizontal, bien planté sur une terre bien en équilibre, on cherche toutes les solutions. On danse comme les Indiens pour faire tomber la pluie : « Quand on veut on pleut. » On fait appel au scientifique de la bande qui développe en vain des calculs sur un tableau noir et sur le sol. On écoute les discours du chef de meute, ou du maire si vous préférez, qui selon le « théorème de la vacuité des propos », veut organiser « un début citoyen ». Cette démonstration écologiste – dont je ne vous dirai pas la fin, un peu miraculeuse quand même – est menée avec la plus grande fantaisie. Celle des décors et accessoires d’abord : en avant scène, d’étonnants engrenages d’objets hétéroclites – balai, entonnoir, dominos géants, moulin, roue... Un jet d’urine dans l’entonnoir, et hop ! tout se met en marche, bascule, tape, perfore…jusqu’à ce que la bouteille se vide. Les marionnettes de papier mâché, les ballons qui peuvent vous emporter dans le ciel si votre voisin ne vous retient pas sont autant d’effets surprises qui amusent … Une scénographie inventive due au talent de Marie Bouchacourt et de Bertrand Boulanger. Enfin, ajoutez des dessins à la craie animés sur un tableau noir (Eric Bezy et Marie Bouchacourt) et la fantaisie d’un texte qui joue avec les mots, travestit idées reçues et proverbes : « J’ai voulu parler joyeusement des déséquilibres du monde, dira Christophe Moyer au public resté après le spectacle. Et je me suis rappelé les Shadoks que j’adorais quand j’étais jeune. »
Les acteurs se sont prêtés au jeu de l’oblique avec entrain : Historienne mal fagotée, Aude Denis chante faux à souhait, Sophie Descamps incarne la ridicule conviction de l’autorité et Henry Botte est le parfait raseur en blouse blanche que personne n’écoute jamais.
Ce spectacle inventif et joyeux a reçu le prix spécial du jury Tournesol Avignon 2014, Prix de l’écologie, et le public de Coye-la-forêt lui a réservé un très chaleureux accueil.
Galerie Photos : OBLIQUE De Christophe Moyer
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