La Boîte de Pandore, de Yanowski
Le Cirque des Mirages
Mise en scène Emmanuel Touchard
Duo Yanowski et Parker
En sortant du cabaret - chansons et impros au piano - ou du meeting - micro à tue-tête et tempête de subversion - ou du cirque - rire, danse et pantomime -, je me suis dit :
Mais quelle chance de vivre ici, à Coye-la-forêt ! Car sans le savoir ni l'avoir voulu, nous avons vécu dangereusement le temps d'une soirée et nous avons survécu, nous sommes sortis indemnes du Centre culturel... Personne ne nous avait prévenus que le spectacle était à risque, ce n'était marqué ni dans le programme ni dans le bulletin municipal.
Car enfin, les déclamations subversives et même blasphématoires de Yanowski dans un autre lieu que la salle Claude Domenech auraient pu valoir aux acteurs et spectateurs coups de matraques, attaques au couteau, enfermement.
Donc Vive le Festival de nous avoir permis cela. Le théâtre devient le lieu sacré où la parole est libre et ne peut être coupée. Ce matin j'ai pensé à Cabu, à Wolinski, à Samuel Paty, à Dominique Bernard... Ils n'ont pas eu la chance de vivre dans un théâtre à Coye-la-forêt.
PS 1 : Je me permets pourtant un coup. Un coup de chapeau aux deux artistes.
Yanowski est un phénomène, une sorte de pitre géant dont le corps entier vit, vibre et exprime. Nous sommes captifs de sa voix, du moindre de ses mouvements, de ses mimiques, du jeu de sourcils, de ses regards. Sa voix est telle qu'il n'aurait pas besoin du micro. Elle est juste, forte, agréable - on l'a entendue parfois, nue et seule. J'ai failli me lever pour lui dire : Coupez le micro, votre voix se suffit à elle-même, je n'entends pas ce que le micro amplifie, je n’entends que des sons hurlés, et votre texte disparaît.
Je regrette de ne pas l'avoir fait… Fred Cooper en aurait aussitôt appelé à son piano et inventé une fantaisie. Car il sait tout faire, c'est l'as de l'improvisation, des enchaînements, des détournements de chansons, de mélodies du répertoire classique, des reprises de jazz. As du piano, de la percussion et du bruitage vocal, roi de la pantomime, avec sa démarche saccadée et ses yeux qui roulent, parfaite incarnation d’une marionnette de bois, il pourrait jouer Pinocchio. Il sait tout faire, je l’ai déjà dit.
PS 2 : Mon amie Jacqueline contrebalance – c’est de circonstance. A elle le dernier mot, le plus beau :
« Ma sœur Françoise aussi s'est plainte du déséquilibre entre musique et voix, l'une écrasant l'autre. Pour ma part, du fait de mon handicap, je suis habituée à ne pas comprendre les paroles (aussi bien chansons que théâtre) de sorte que ça ne m'a pas gênée plus que ça : le jeu du comédien est tellement expressif, les gestes sont précis jusqu'au bout des ongles, les mains volent dans la lumière. Je me régale et quand j'arrive à comprendre de quoi il retourne (la vente aux enchères, Jésus et ses apôtres) le plaisir est à son comble ! Et j'adore la valse finale qui de toute évidence veut rivaliser avec celle de Brel : allez, on ne va pas faire de jaloux et on peut déclarer Égalité ! »
PS 3 : En 2017, le Cirque des Mirages fêtait ses 15 ans. Voir sur Coye29 l’article de Catherine Jarige sur leur représentation à Coye-la-forêt.

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