Quand Lucy se démasque…
Entretien avec Lucy Samsoën

- Lucy ! Mais où étais-tu cachée dans La Flûte ? Je te cherchais partout.
- Je faisais le vent, j’étais le lion, un esclave, une marionnette et …un morceau du dragon ! Aux percussions, je faisais le bruitage.


- Mes premiers pas, je les ai faits à sept ans avec l’école de théâtre de La Lucarne. Et ma première représentation a été « 1789 » où Claude Domenech m’a confié un rôle. C’était un spectacle monté à l’occasion du bicentenaire de la Révolution à partir des recherches de Maurice Delaigue sur les familles de Coye-la-forêt pendant cette période. Nous avons fait une tournée et joué la pièce cinq ou six fois dans la région. De là est né mon goût pour cette vie de saltimbanque. Tu sais d’où vient le mot « saltimbanque » ?
Coye29 : Oui, du verbe sauter ?
L.S. Le mot nous vient de la Commedia dell’arte, il désigne celui qui saute sur les bancs….pour réveiller les spectateurs! C’est d’ailleurs ce qu’a fait Papageno dans le spectacle tout à l’heure.
Coye29 : De la Lucarne à la Commedia, aux troupes professionnelles, comment as-tu franchi le pas ?


J’ai intégré ensuite l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique de Paris et, parallèlement, comme j’étais devenue amie avec Marilou Balasko, sa mère m’a proposé un rôle en 2004 dans son film « L’ex-femme de ma vie » avec Thierry Lhermitte, Karin Viard et Nadia Farès. J’ai notamment assuré les répétitions des scènes avec les acteurs, en prenant momentanément le rôle de Josiane Balasko quand elle faisait la mise en scène. Puis… Karin Viard a parlé de moi à Christian Vincent qui m’a donné le rôle d’une baby-sitter pour son film « Les enfants » avec Gérard Lanvin. C’est ainsi que les projets s’enchaînent.
Coye29 : Tu t’orientais donc résolument vers le cinéma ?

Coye29 : Par quel chemin es-tu ensuite revenue au théâtre ?
L.S. : Je ne l’ai jamais quitté. Entre les tournages, je continuais mes cours à l’ESAD, l’école d’art dramatique, mais un jour son directeur, Jean-Claude Cotillard, le père de Marion Cotillard, m’a demandé de faire un choix. Encore un choix ! : L’école ou mes projets personnels. J’ai choisi de quitter l’école et j’ai continué à travailler pour le Théâtre des Beaux Songes.
Le tournant décisif, je l’ai pris en 2004 au Festival de Coye-la-forêt quand j’ai vu « La Princesse d’Elide », de Molière, montée par Jean-Hervé Appéré. La Commedia dell’arte m’a retourné le cerveau ! Aussitôt j’ai voulu suivre les cours que donnait Jean-Hervé à Montreuil, mais il y avait beaucoup de dilettantes dans ces cours ! Je voulais approfondir et j’ai cherché des stages financés par l’AFDAS, qui gère la formation des intermittents du spectacle. C’est ainsi que j’ai fait un stage d’un mois avec Carlo Boso à Montreuil et travaillé sur la fabrication de masques, l’écriture du scénario, l’improvisation, et la pantomime sous la direction de Pawel Rouba. A l’issue de ce stage, Carlo Boso a voulu me faire passer une audition pour le rôle de la Princesse dans la « Princesse d’Elide ». J’ai eu le rôle et intégré la troupe de Comédiens et Compagnie en 2006. Je ne l’ai plus quittée ! Nous avons joué « Courbes exquises », de François Zéméaris, « Un coeur pour Samira », de Christophe Alévêque… et bien sûr « La Flûte enchantée »

Coye29 : Tu dis que la Commedia t’a « retourné le cerveau ». Explique-nous.

La Commedia, c’est une forme de théâtre fondamental. On peut dire que c’est la base de tous les arts, l’ancêtre de l’opéra, de la danse, de l’improvisation, de l’acrobatie… Travailler le masque nous oblige à chercher en soi le primitif, car derrière le masque on peut se permettre d’exprimer beaucoup plus. Le masque décuple le jeu. Par exemple le masque intégral décuple le travail du corps, le demi-masque sollicite les yeux, la bouche. Le quart de masque ou le nez de clown - le nez de clown est le plus petit des masques – fait jouer le visage entier.
Le parcours de Lucy est impressionnant, car il démontre qu’une passion, ici celle du théâtre, donne des ailes, que rien n’est figé, que tout est à découvrir, à apprendre, que toutes les voies sont ouvertes pour qui a le désir d’explorer. Cet appétit, la jeune comédienne l’a en elle, il est le socle sur lequel s’appuie sa volonté de s’approprier toutes les formes d’expression et de tenter tous les parcours.
[propos recueillis par Marie-Louise]
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