OÙ VAS-TU PEDRO ? (1)
De MANON MOREAU
Par Eltho Compagnie
Mise en scène : Elise Chatauret
Quel est le mystère qui fait de l’ombre du châtaignier un espace sacré, un templum , interdit aux enfants et aux bêtes et solidement gardé par Lua vêtue de deuil éternel? « Arrête-toi, ne marche pas là. » Mais La Nieta , obstinée comme Électre, n’obéit pas et s’approche de l’arbre. « C’est un fantôme que je cherche ». La Nieta est la petite fille de Laura : elle cherche son grand père ALBOR, Albor Blanco, ce nom éclatant qui dit l’innocence, le commandant deux fois sacrifié, par le meurtre et l’oubli. « Disparu. Oublié. Tué. Tu. Silence. »
Alors vont revenir à la mémoire des vivants les noms et les histoires des braves assassinés par les fascistes franquistes. Pour évoquer ces esprits, « une bande de fantômes, des fantômes qui laissent des traces », il faut traverser le temps et l’espace. Les châtaignes sont un indice de leur présence. Et les marques de la terre. Les fosses. Les récits hésitants. Des traits gravés dans le bois d’une cabane. Les chansons, et les noms inscrits sur le mur du cimetière d’Oviedo.
« Elle chantait la berceuse comme on raconte une histoire aux enfants avant la nuit. (Sole)
C’est ainsi, avec tendresse, que Manon Moreau nous raconte les histoires des partisans, des soldats de la République, ou des hommes de bonne volonté (le maire, l’instituteur) qui furent victimes de la guerre civile et de la répression franquiste. Son théâtre d’ombre et de lumière est un monument à ces morts qui dérangent encore tant. C’est par la voix et l’évocation des femmes qu’ils renaissent : femmes amoureuses, mères, filles aimantes, journaliste patiente, amies fidèles au-delà de la mort.
C’est ainsi, avec tendresse, que Manon Moreau nous raconte les histoires des partisans, des soldats de la République, ou des hommes de bonne volonté (le maire, l’instituteur) qui furent victimes de la guerre civile et de la répression franquiste. Son théâtre d’ombre et de lumière est un monument à ces morts qui dérangent encore tant. C’est par la voix et l’évocation des femmes qu’ils renaissent : femmes amoureuses, mères, filles aimantes, journaliste patiente, amies fidèles au-delà de la mort.

Ce texte d’une grande qualité poétique est servi par une mise en scène sensible et dépouillée. La scène est le lieu unique de la mémoire, qui mêle lieux et temps : s’y jouent la fuite des partisans, l’exode des femmes, la rencontre en 2006 sous le châtaignier, les monologues de ceux qui cherchent à (se) comprendre. Symboles de l’arbre torturé, de l’ampoule nue, du banc de l’attente. Les projections vidéos créent une profondeur bleutée peuplée d’arborescences, forêt impénétrable et mystérieuse.
Enfin, le violoncelle, avec ses accents rauques et plaintifs, vient, en contrepoint des voix, exprimer les souffrances subies. Une très belle partition pour chanter la voix profonde et immémoriale du peuple.
Enfin, le violoncelle, avec ses accents rauques et plaintifs, vient, en contrepoint des voix, exprimer les souffrances subies. Une très belle partition pour chanter la voix profonde et immémoriale du peuple.
« On est du pays pour lequel on meurt » (Albor)

Les citations sont tirées du texte de la pièce.
Lire l' article d'Yves Dulmet sur le spectacle : OÙ VAS-TU PEDRO ? (2)
Galerie Photos : OÙ VAS-TU PEDRO? De Manon Moreau
Débat après le spectacle

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