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Commentaire de: [Membre]

Cette photo qui termine l’article est une réussite. Que pouvait bien se dire ce vieux monsieur, lui qui justement se promène entravé par sa cravate, son costume trois pièces et son chapeau melon? Il devait avoir un peu chaud en mai, il a laissé sa veste entrouverte… Petite liberté dans cette grande fête de la liberté qu’a été 68.
Car pour la jeunesse, 68 était une fête. C’est le souvenir que j’en garde, jeune prof en Lorraine. Les salles de classe étaient vides, mais la salle des profs, toujours pleine, était devenue un lieu de libre parole. On entrevoyait tous les possibles. Les réunions se succédaient, on élaborait des programmes sans entraves justement, sans carcan, on imaginait plus de justice, de paix, d’égalité. Nous avions confiance, nous avions l’espoir, et nous rassurions les inquiets. Quelques vieux profs - ceux qu’à l’époque je trouvais vieux - pleuraient parfois. Leur univers s’écroulait. Ils étaient jusque là bien assis, agrégés, respectés, et tout ce en quoi ils avaient cru, nous les jeunes, nous le remettions en question.
La désillusion est venue à la rentrée scolaire de 1973, quand mon principal de collège accueillant les nouveaux élèves de 6° leur a dit dans son discours de bienvenue :"Vous avez intérêt à travailler, si vous ne voulez pas être au chômage plus tard. Il y a aujourd’hui 500 000 chômeurs.” Quel homme pour assommer ainsi les enfants le jour où ils entrent au collège! Alors aujourd’hui, s’il existe encore des principaux de ce genre, ils ont l’embarras du choix pour éveiller l’enthousiasme. Outre le chômage, ils ont la pollution, le dérèglement climatique, l’extinction d’espèces animales… Heureusement les jeunes ont la foi tenace et le confiance solide. Qu’ils restent sourds aux accents calamiteux des anciens.

09.04.18 @ 01:07
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